L’art contemporain est-il soluble dans l’imagerie musicale ?

8 Mar

POP MUSIC / ART ROCK

A travers pochettes d’albums, looks ou clips, l’influence de l’art contemporain sur la musique « populaire »  n’a jamais été aussi évidente qu’aujourd’hui . Perd-il son âme en multipliant sans fin des  produits dérivés? Ou bien cette diffusion à grande échelle suscite-t-elle  des œuvres  d’un  nouveau genre?

Plus d’un siècle après l’art total théorisé par Richard Wagner, les musiques actuelles offrent un espace d’expression  pluridisciplinaire attrayant pour les  plasticiens. Underground ou « mainstream », elles proposent un champ propice à la diffusion d’une imagerie créative, bien qu’à visée promotionnelle. Les pochettes des vinyles (puis des CD) constituent un espace de création graphique, les concerts réclament des costumes de scènes spectaculaires et les clips exigent l’invention d’un univers identifiable, séduisant et efficace.

L’art remixé

En 2004, dans Postproduction, Nicolas Bourriaud, ancien directeur du Palais de Tokyo à Paris et théoricien de l’art, écrit : « Depuis le début des années quatre-vingt-dix, un nombre sans cesse croissant d’artistes interprète, reproduit, réexpose, ou utilise des œuvres réalisées par d’autres, ou des produits culturels disponibles. Cet art de la postproduction correspond à la multiplication de l’offre culturelle, mais aussi, plus indirectement, à l’annexion par le monde l’art de formes jusque-là ignorées ou méprisées. De ces artistes qui insèrent leur propre travail dans celui des autres, on peut dire qu’ils contribuent à abolir la distinction traditionnelle entre production et programmation, création et copie(…) ».

Les plasticiens contemporains ont emprunté un mode opératoire propre aux DJ : « l’invention d’itinéraires à travers la culture » ou « sampling ». Les voici non plus créateurs, mais « sémionautes » (interprètes des signes) et « programmateurs » de formes. Les frontières entre production et consommation s’en trouvent brouillées, voire abolies.
L’ère du remix généralisé réunit aujourd’hui musique et art plastique, mais leurs échangent remontent à beaucoup plus loin.

Et Warhol inventa la musique plastique

« Double Elvis », 1963, Andy Warhol

Les liens entre arts plastiques et musique pop débutent avec Andy Warhol. Dès 1963, le double Elvis version cowboy qu’il dégaine fait figure de symbole : rêve américain, invasion culturelle, sérialité, mise en joue, tout y est. Un an plus tard, Lou Reed rencontre John Cage, mais c’est Warhol qui « invente » le Velvet Underground en produisant le groupe dans sa Factory, dès 1965. Il lance aussi une tendance qui ne faiblira pas jusqu’à aujourd’hui : la transdisciplinarité.

Le modernisme initié au milieu du XIXème siècle par Manet et théorisé dès les années 1940 par le critique d’art américain Clément Greenberg, prônait la séparation entre « high » et « low arts », ainsi que le cloisonnement entre chaque médium artistique. Dès les années 1950, l’art contemporain ne cesse d’inventer de nouveaux genres (happening, vidéo, performance, installation, etc.) et de les hybrider. La décennie suivante voit l’extension du domaine de l’art contemporain aux industries du divertissement.

The Velvet Underground And Nico, 1967, Andy Warhol

La pochette de disque comme œuvre d’art

1967 est une année incroyablement prolifique pour la musique rock. Le Festival pop  de Monterey, premier du genre, attire 50 000 spectateurs venus voir Jimi Hendrix, Janis Joplin, The Who, The Mamas & The Papas, Jefferson Airplane, Simon and Garfunkel… C’est aussi l’année où sort une série de premiers albums presque irréelle : The Doors, The Piper At The Gates Of Dawn des Pink Floyd, Are You Experienced? de Jimi Hendrix et David Bowie, le premier album de la future icône du glam rock. Deux d’entre eux ont des pochettes qui deviendront des icônes : celle de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles réalisée par Peter Blake et, surtout, celle de The Velvet Underground And Nico, œuvre originale de Warhol.La pochette de disque est depuis devenue un espace de création à part entière et donne lieu à des expositions, comme Vinyles, disques et pochettes d’artistes », à la Maison Rouge en 2010.

Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band

Le grand art du look

Depuis longtemps, la haute couture s’inspire des arts plastiques. Après sa robe Mondrian en 1965, la collection « Pop art » d’Yves St Laurent ouvre la voie à beaucoup d’autres. Dès 1967, Paco Rabane (avec Modèle plastique et 12 robes en matériaux importables) s’inspire de l’artiste du mouvement cinétique, Julio Le Parc et de ses mobiles. En 1970, Issey Miyake crée A Poem of clothes and stones : avec cette vidéo performance, le vêtement devient une création visuelle. Cette même année, il crée son « design studio » : une plateforme expérimentale qui associe art, mode et design. Un peu plus tard, Jean-Charles de Castelbajac propose des robes-tableaux, faites non pour être portées, mais exposées. Puis viendront Pierre Cardin, Rei Kawabuko (pour Comme des Garçons), Thierry Mugler, Agnès B., Jean Paul Gaultier, Yohji Yamamoto, Christian Lacroix, etc.

Le vêtement épinglé au Centre Pompidou dès son ouverture, en 1977, est la première d’une longue série d’expositions des productions de la mode, jusqu’à Hedi Slimane qui, en mars 2011, est « curator » pour une exposition d’art contemporain à la galerie Almine Rech à Paris, California Dreamin’. De plus en plus, les couturiers collaborent avec des rocks stars dont ils conçoivent les tenues de scènes. Jean Paul Gaultier dessine les costumes de Madonna pour sa tournée mondiale en 1990 ; Hedi Slimane invente les costumes robotiques des Daft Punk ; en 1997, pour son Pop Smart Tour, U2 fait appel à Walter van Beirendonck. Depuis 2003, Yoshi Yamamoto habille Elton John. Mais le costume ne suffit pas à créer un univers : le clip demeure un vecteur promotionnel décisif.

Madonna habillée par Gaultier pour « Blond ambition tour », 1990

Costumes des Daft Punk dessinés par Hedi Slimane

Le clip : un espace d’expérimentations

Initiée par la vidéo séminale de Nam June Paik, « Global Groove », l’histoire du clip arty commence au milieu des années 1970, avec deux groupes à l’esthétique forte qui inventent un genre musical. « Bohemian Rhapsody » de Queen lance le glam rock, tandis que « Robots » de Kraftwerk donne à la musique électronique dans sa forme populaire.

Dès les années 1980, avec le lancement de MTV, la première chaîne à lui être consacrée, le clip devient un espace d’expérimentations : « Rock It » de Herbie Hancock, par Godley and Crème, 1983 ; Thriller de Michael Jackson par John Landis, 1984; Slave to the Rythm de Grace Jones par Jean-Paul Goude, 1985; Peter Gabriel, Sledgehammer de Peter Gabriel par Nick Park, 1986; C’est comme ça des Rita Mitsouko par J.B.Mondino, 1986 (Cf. montage de clips) constituent des réussites esthétiques incontestables.

Avec la génération suivante et les progrès des « manipulations de l’image », au début des années 1990, celle des Michel Gondry, Chris Cunningham ou Spike Jonze, les clips gagnent encore en inventivité visuelle. Pêle-mêle, les couleurs flashy du pop art; les distorsions optiques de l’art cinétique; les cyborgs de l’art biotech et un goût toujours plus affirmé pour le recyclage produisent des détournements de codes visuels en grand nombre (Cf. best of des clips arty).

De la musique exposée à Lady Gaga

Dès les années 1970, parmi les rock stars les plus en vue, beaucoup ont d’abord suivi une formation approfondie en arts plastiques (David Bowie, Brian Eno, Alan Vega, Bryan Ferry, etc.) et certaines mènent de front les deux carrières (Laurie Anderson, Yoko Ono, Patti Smith…).

Aujourd’hui encore, de nombreux artistes célèbres continuent de jouer dans un groupe de rock. Leurs vernissages sont autant d’occasion de concerts/performances. On songe en particulier à la scène de la côte ouest des Etats-Unis basée à Los Angeles (Mike Kelley, Richard Kern, Paul Mc Carthy, etc.). Réciproquement, des musiciens, notamment issus de la scène folk/rock, affichent jusque sur leurs pochettes de disques leurs aptitudes artistiques : Bianca Casady de CocoRosie, Antony de Antony and The Johnsons, Devendra Banhart ou encore Peter Doherty.

Pas étonnant dès lors que les musiques pop/rock/punk/électro soient devenues, notamment dans les années 2000, un objet d’expositions privilégié. Mais à côté de cette légitimation institutionnelle, à travers laquelle les sons se donnent à voir pour mieux échapper à une imagerie souvent superficielle, le nouveau phénomène de l’industrie musicale sature l’espace médiatique comme personne avant elle. Lady Gaga incarne-t-elle l’avenir de l’art contemporain et/ou le marketing à son apogée de perfection ? (Cf. article sur Lady Gaga)

« Vanitas: la robe de chair pour albinos anorexiques »,1987, Jana Sterback

Lady Gaga, MTV Video Awards, 2010

 

 

Emma Lavigne : « L’exposition peut donner une matérialité au son »

De Warhol à Lady Gaga, art et musiques s’entremêlent et inspirent de nouvelles formes artistiques. Emma Lavigne, conservatrice au Centre Pompidou, a organisé de nombreuses expositions croisant arts plastiques et musiques populaires (pop, rock, punk et électro). Rencontre acoustique.

En quoi l’exposition vous semble-t-elle le meilleur médium pour restituer un univers musical ?

Mieux que tout autre médium, l’exposition permet de poser cette question : comment rendre visible ce qu’on entend ? Qu’elles portent sur un instrument de musique (la guitare), des rock stars (Pink Floyd, Jimmy Hendrix, etc.), un mouvement (le psychédélisme, par exemple) ou sur le corps (mis) en scène (Electric Body), mes expositions interrogent la façon dont la musique peut s’incarner dans des formes. Aujourd’hui, beaucoup d’artistes ont envie d’échapper au visuel pour explorer le potentiel esthétique du phénomène de l’écoute.

Quel a été le déclencheur de la rencontre entre art contemporain et musique populaire ?

Andy Warhol. Mon exposition Warhol live à Montréal consistait justement à montrer que la musique avait constitué LE moteur fondamental de ses créations plastiques. John Cage et La Monte Young, par exemple, sont directement à l’origine de sa pratique de la « sérialité » et de son cinéma expérimental. Par ailleurs, son management du Velvet Underground constitue un phénomène unique au monde. Ce groupe, au carrefour de la musique et des arts plastiques, est en avance sur son temps : dès 1965, il annonce la fin des Swinging Sixties, la chute des utopies. Et la Factory devient lieu de répétitions du Velvet, de tournage de films et de conversations subtiles autour de l’art. Enfin, avec son spectacle multimédia, Exploding Plastic Inevitable, mélange de musique, de projections de films, de danses et de performances, Warhol crée un spectacle total où le public, éclairé par des stroboscopes est censé perdre toute notion spatio-temporelle. La scène et l’audience sont réunies en un unique espace plastique. L’ exposition peut donner une matérialité au son.

Quelle est, selon vous, la meilleure réussite artistique issue de la musique populaire ?

Sans hésiter, le Bed-in de Yoko Ono et John Lennon à Montréal en mai 1969, au cours duquel a notamment été composée « Give Peace a Chance ». Cette « pièce », qui constitue à la fois une œuvre d’art conceptuelle et performative, s’apparente à un art d’attitude inscrit dans le mouvement Fluxus et une chanson à visée politique. Pour la première fois, un tube entre pleinement dans l’histoire de l’art.

Depuis, d’autres styles de musique ont recyclé des images. Ce dont témoigne votre dernière exposition, I’m a cliché en 2010, en Arles, qui s’intéressait  à la scène punk…

Derrière le nihilisme de façade, ce mouvement renoue avec les avant-gardes du début du siècle, notamment les techniques de collage et l’agit prop’ d’un John Heartfield, aussi bien qu’avec le situationnisme. L’image est envisagée comme un laboratoire : à l’instar des collages de Jamie Reid pour les Sex Pistols, les pochettes constituent à la fois un espace pictural et un slogan politique fort. Depuis, on observe des résurgences de cette esthétique à travers la vidéo  Guitar Drag de Christian Marclay par exemple ou dans le travail de Meredith Sparks qui démonte et recompose des images à partir d’icônes du rock telles qu’Iggy Pop, David Bowie, etc. Ces recyclages ont toujours pour visée de perturber les codes esthétiques.

Le clip lui aussi bouleverse-t-il les codes esthétiques ?

Dès les années 80, le clip a constitué un espace d’expérimentation grâce aux budgets alloués par une industrie du disque florissante. Au tournant des années 1990, est apparue une génération talentueuse, celle de Michel Gondry, Spike Jonze, Stéphane Sednaoui, Chris Cunningham, etc. Par exemple, un clip comme « Around the world » de Daft Punk, réalisé par Michel Gondry, est d’une créativité exceptionnelle et croise de nombreuses références à l’art du XXe siècle. Il y a donc une vraie porosité entre création artistique et production de clips même s’il ne faut jamais oublier que dans le cas de ces derniers, il s’agit toujours aussi d’un packaging à visée promotionnelle. A mes yeux pourtant, le meilleur clip jamais réalisé est… une vidéo : Global Groove de Nam June Paik tourné en 1973 constitue vraiment un point de départ. Avec un art du collage subtil et des distorsions visuelles inédites, il ouvre la voie à beaucoup d’expérimentations ultérieures.

Le phénomène Lady Gaga constitue-t-il une expérimentation ultime ou un art consommé de l’opportunisme médiatique ?

De loin, elle me donne l’impression d’une fuite en avant un peu frénétique avec, paradoxalement, un enfermement dans une stratégie de renouvellement permanent et d’inventions incessantes de nouveaux looks. Tout se passe comme si l’artiste était devenu un phénomène si rapidement périssable qu’il lui fallait un nouvel habit à chaque saison. David Bowie, lui, construisait ses personnages et chacun donnait lieu à une œuvre réfléchie. Ziggy Stardust et The Thin White Duke n’étaient pas dictés par un opportunisme commercial systématique. Avec Lady Gaga, le  désir d’occuper le terrain sans discontinuer, grâce à une surenchère esthétique apparemment sans limites, lui fait courir un risque d’essoufflement rapide. Je ne sais pas comment elle peut se réclamer de tous ses styles à la fois : j’ai plutôt l’impression qu’ils sont tous vidés de leur substance.

Le best of d’Emma Lavigne

Meilleur plasticien/musicien : Christian  Marclay

Extrait de la vidéo Guitar Drag(2000) :

« (…) La guitare électrique est l’unique protagoniste de Guitar Drag (2000), scénario qui confronte le public plongé dans le noir dans un face-à-face avec une image occupant tout l’espace de projection.Guitar Drag est un morceau de punk-rock nourri de la rudesse du blues, un manifeste qui nous emmène dans un Texas en proie au racisme, où continuent à se perpétrer des crimes, tel celui de James Byrd, un Africain-Américain mis à mort après avoir été traîné par un camion, variante contemporaine du Strange Fruit chanté jadis par Billie Holiday. Dans Guitar Drag, Marclay a fait de la guitare électrique le prolongement le plus émouvant qui soit du corps humain. Le son de ce solid body traîné par un camion et qui se fracasse sur le sol du désert texan est saturé par un puissant ampli qui fait hurler l’instrument. (…) Avec Guitar Drag, l’art contemporain montre une fois de plus le lien nécessaire entre l’œuvre elle-même (un film) et son contexte (la société). Le spectateur entend ainsi hurler la victime pendant 14 minute′, alors que la guitare-corps est frottée, récurée, battue, étrillée, raclée, limée, grattée, maltraitée, poncée, rossée, râpée, froissée, frappée, briquée, décapée, effleurée, érodée, grattée, ratissée, récurée, ruginée, ripée, regrattée, curée… en une folle volonté de la blanchir ? » (Emma Lavigne)

Meilleur musicien/plasticien : John Cage

Son œuvre emblématique 4’33(1952) :


Meilleur clip : Global Groove (1973), Nam June Paik

Meilleure performance scénique:

Le « suicide » en scène de Ziggy Stardust le 3 juillet 1973 à l’Hammersmith Odeon de Londres.

Le plus mythique des concerts de  David Bowie filmé par D.A. Pennebaker.

 

 

(Pas si brève) histoire du clip

Déc. 2010 : « Bad Romance » de Lady Gaga et ses 3 milliards de vues sur youtube est dépassé par « Baby » de Justin Bieber : 4 milliards de vues!

2010 : David Lynch lance un concours de clips pour illustrer deux chansons qu’il a écrites. Lauréats :

« Good Day Today » :

et « I Know » :

2007 : « Neon Bible » d’Arcade Fire, 1er clip interactif

2005: création de youtube

1995 : Scream de Michael et Janet Jackson, clip le plus cher de l’histoire : 7 millions de dollars

1992 : les réalisateurs de clips désormais crédités sur MTV, deviennent des auteurs.
Eclosion de la génération des Michel Gondry, Spike Jonze, Stéphane Sednaoui, Mark
Romanek Spike Jonze, Michel Gondry, David Fincher, Samuel Bayer, Mark Romanek,
Jonathan Glazer, etc.

1991: « Alternative is mainstream », nouvelle émission sur MTV avec le clip “Smells like
teen Spirit” de Nirvana en ouverture

1983 : « Thriller » de Michael Jackson révolutionne le genre du clip

1981 : création de MTV. 1er clip à l’antenne : « Video Killed the Radio Star »
Slogan de la chaîne : « You’ll never look at music the same way again »

1975: « Bohemian Rhapsody », Queen : 1er clip « techniquement » parlant (édité en format cassette vidéo)

1973 : « Global Groove » de Nam June Paik, l’inventeur de l’art vidéo, peut être considéré comme le premier clip expérimental

1963 : bien qu’il refuse d’être associé au clip, Jean-Christophe Averty, notablement avec son émission « Les Raisins Verts » anticipe, dans un mélange de surréalisme et d’électronique, l’esthétique du choc d’une chanson mise en film ou, comme il le dit, « en électronique ».

1959 : apparition du Scopitone sur le marché français. Comme le juke boxe, il est doté d’un écran et joue, au contact d’une pièce, un court-métrage musical. Deux améliorations en font toutefois une nouveauté sans précédent : le fait que ses petits films soient en couleur et le
passage direct de chaque chanson moyennant 5 francs – somme considérable pour l’époque.

1940 : à Chicago, mise en vente des juke-boxes Panoram. À l’insertion d’une pièce de monnaie, ces machines en bois jouent et projettent sur leur petit écran, par un système de lentilles et de miroirs, le film d’une chanson d’environ trois minutes en noir et blanc appelé Soundies.

1929 : Dudley Murphy tourne de vrais courts métrages musicaux avec Bessie Smith ou Duke Ellington et son orchestre qui préfigurent le clip

1927 : Le Chanteur de jazz, d’Alan Crosland, premier film parlant est aussi dansant et chantant.

1895 : d’emblée, le cinéma est accompagné de musique et d’effets sonores. Lorsque ne participe pas un bonimenteur, des musiciens ou bruiteurs sont présents lors de la projection, aidés par toute sorte d’outils comme les orgues de cinéma, munis d’une section de
percussions.

1894 : invention des « illustrated songs », ou « song slides », performances musicales accompagnées de projections d’images fixes sur plaques de verre

Sources : Wikipédia

 

 

Quand les clips remixent l’art contemporain

Les clips les plus aboutis empruntent souvent leur esthétique à quelques-uns des principaux mouvements d’avant-garde des années 1960-1970, notamment l’art corporel (ou body art), l’art conceptuel, le pop art ou l’art optique.Illustrations.

Post corporel :

John Frusciante, Going inside, 2001, par Vincent Gallo

Le guitariste des Red Hot Chili Pepper expérimente en solo les limites de l’espace environnant par la répétition de gestes et de mouvements. Clip sous l’influence des performances de Bruce Nauman et Chris Burden notamment.

Post conceptuel :

Alex Gopher, The Child, 2006, par H5

Le collectif H5 récompensé aux oscars 2010 pour son court-métrage « Logos » réenchante l’art conceptuel (Joseph Kossuth, Lawrence Wiener, Art and Language, etc.) avec une équipée sauvage et urgente, à travers une architecture de mots. Le tout conclu par un happy end ludique.

Post pop:

Justice, Dance, 2006, par Jonas et François

Quand le groupe électro phare de la  post french touch détourne le clip (précurseur) « Don’t Look Back »(1965), de Bob Dylan tournée par Pennebaker, ça donne un défilé warholien pour célébration fétichiste de tee shirts customisés couleurs flashy.

Post op’:

The White Stripes, Seven Army Nation, 2003, par Alex and Martin

A mi-chemin entre l’abstraction géométrique et l’op’art, le cadre dans le cadre triangulaire trouble la vision et s’abîme dans un puits spéculaire sans fond, façon Mirror Vortex de Robert Smithson (1964).

Post art contemporain :

Bjork, Army of me, 1995, par Michel Gondry

Au terme d’une échappée belle dans un décor low tech, merveilleux et horrifique, l’héroïne plastique le cadavre de son amant  qu’un musée d’art contemporain exposait. Œuvres et  musée sont détruits, mais l’amant revient à la vie…

Et tous les clips cyborg/post humains des années 1990 :

Bjork, All is full of love, 1995 par Chris Cunningham

David Bowie, The Heart’s filthy Lesson, 1995, par Samuel Bayer

Alex Gopher, Come to Daddy, 1997, par Chris Cunningham

Marylin Manson, The Dope Show, 1998, par Paul Hunter

Etc.

 

 

Lady Gaga, artiste de synthèse?

L’industrie musicale a intégré la mode et ses codes visuels dans l’élaboration de l’imagerie de ses principaux artistes.  Depuis 2008,  Lady Gaga semble porter cet art à son paroxysme. Pure stratégie marketing et/ou naissance d’une icône trash?

Stefani Joanne Angelina Germanotta alias Lady Gaga s’est construit une identité médiatique à partir d’emprunts  artistiques multiples bien au-delà de la sphère musicale. Aujourd’hui, elle existe au moins autant par l’imagerie qui lui est associée que par ses chansons. La mode, le cinéma, la télévision, la danse et les arts plastiques sont mobilisés pour forger un univers de synthèse identifiable, spectaculaire, provocant.

Ga Ga

Le nom de Lady Gaga fait référence à Radio Ga Ga (1984), titre phare du groupe anglais Queen. Le clip de cette chanson est précurseur à deux niveaux. Il reprend des images du film expressionniste de Fritz Lang, Metropolis (1927), introduisant dans un genre mineur les images d’un chef-d’œuvre du 7ème art. Et davantage qu’un support promotionnel , ce clip comme déjà celui de Bohemian Rhapsody (1975),  annonce l’ambition du groupe de faire de ce genre, un champ d’expérimentations visuelles. Lady Gaga connaît l’importance de la mise en image de sa musique et revendique ses influences. Elle se décrit comme une héritière de Freddie Mercury, David Bowie, Madonna ou Prince et partage aujourd’hui avec Marylin Manson, un goût immodéré pour l’outrance.

The Boss

Lady Gaga échappe à la catégorie des artistes  entièrement fabriqués  par l’industrie musicale. Elle a d’abord participé dans l’ombre au star-system en composant plusieurs titres notamment pour  Britney Spears (« Quicksand ») et les New Kids on the Block (« Full Service »). Forte de cette expérience, elle s’est imposée ensuite comme sa propre directrice artistique et pilote désormais le marketing de ses productions.

Baptisée  Haus of Gaga, l’une entreprise qu’elle dirige est à mi-chemin entre l’agence de communication visuelle et  le bureau de styles. Clin d’œil au Bauhaus de l’Allemagne de l’entre-deux guerre, cette « compagnie » n’est pas sans rappeler  l’organisation des ateliers d’artistes plasticiens comme la Factory d’Andy Warhol  ou plus près de nous les sociétés de Jeff Koons ou  Takeshi Murakami. Ces artistes partagent d’ailleurs avec elle la même appétence pour la provocation et le spectacle. Entité indépendante de sa maison de disque Universal Music, la Haus of Gaga s’apparente à un laboratoire de recherche entièrement dédié à la star.

Performeuse télégénique

La chanteuse exploite chaque apparition publique pour  mettre en scène des performances scéniques sophistiquées. Sa présence au MTV Video Music Award en 2009 fut ainsi l’occasion d’un show extravagant lors de l’interprétation de sa chanson « Paparazzi ». En guise d’accessoires, un fauteuil roulant et une béquille déjà présents dans le clip (un clin d’œil à Crash de David Cronenberg?), tandis que la chanteuse simule sa propre mort en se vidant de son sang. Les artistes autrichiens de l’actionnisme viennois des années 1950 semblent avoir inspiré ce happening retransmis en direct, notamment Hermann Nitsch, qui s’est fait connaître par ses performances sanguinolentes dans lesquelles le corps est utilisé de façon outrageante et violente.

Lors de sa dernière apparition en date, aux Grammy Awards 2011, le 13 février dernier, elle s’est rendue à la cérémonie à bord d’un vaisseau en forme d’œuf, porté par un cortège de pages. Une fois sur scène, elle a interprété sa nouvelle chanson « Born This Way » vêtue de plastique translucide et jaunâtre imitation placenta…Elle s’est arrêtée de chanter un court instant pour jouer un extrait de la Toccata en Ré Mineur de Jean-Sébastien Bach sur un orgue agrémenté d’un miroir et de fausses têtes humaines. Ces références appuyées à l’organique semble  s’inspirer de Matthew Barney et de son usage immodéré de matières graisseuses comme la vaseline. Mais les œuvres des artistes anglais Damien Hirst et les frères Jake et Dinos Chapman pourraient également avoir inspiré ce tableau vivant.

What is art today ?

Lady Gaga nourrit son image de références plus ou moins savantes afin de créer l’événement, de produire un show permanent. Elle capitalise sur la force de démarches artistiques qui ont marqué l’histoire de l’art, mais pas encore le grand public. Elle gomme par là même la frontière entre grand art et arts populaires. Certains n’y verront qu’un nivellement par le bas quand d’autres y retrouveront la continuation de ce que l’exposition du MoMA de New York High and Low : Modern Art and Popular Culture avait dévoilé en 1990 : l’interpénétration  des arts majeurs et mineurs au cœur de la création contemporaine.

Analyse de clip : Lady Gaga vamp de l’art contemporain

Bad Romance de Francis Lawrence

On retrouve certains éléments visuels de l’œuvre de Matthew Barney. Connu pour son cycle de 5 films intitulé Cremaster, cet artiste américain a créé un univers à la fois mystérieux et dérangeant dans lequel il met en scène d’étranges personnages, tantôt androïdes tantôt animaux anthropomorphes. Les décors de ses films sont à la fois futuristes et raffinés. Or ce mélange d’animalité brute et de sophistication extrême a indéniablement inspiré la conception de ce clip.

Matthew Barney est aussi le compagnon de  Björk, autre icône de la musique paratgeant avec Lady Gaga, un goût prononcé pour les extravagances vestimentaires. Or l’un de ses clips, « All is Full of Love », réalisé par Chris Cunningham, peut faire penser au dispositif de « Bad Romance » par son espace blanc immaculé et futuriste, ses personnages aliénés et son érotisme soft. Le couple Barney/Björk et sa nébuleuse artistique semble donc avoir été absorbé par la galaxie Gaga.

Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band

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