La Fondation Cartier fait la part belle au culte de l’étrange

29 Mar

L’exposition Vaudou présente pour la première fois au public un ensemble exceptionnel d’objets vaudou issus de la collection Anne et Jacques Kerchache.

Le 261, boulevard Raspail plonge dans l’obscurité. Pas de panique : il ne s’agit d’aucune panne de courant mais de la nouvelle exposition de la Fondation Cartier pour l’art contemporain consacrée à l’imaginaire vaudou. Dans la pénombre, huit bocio gardiens aux silhouettes élancées – statuettes en bois, intermédiaires entre le monde visible et le monde spirituel – protègeront vos âmes, entourées d’un halo de mystère. Vaudou donne la chair de poule, certes, mais l’expo s’avère surtout être une opportunité exceptionnelle pour découvrir la puissance esthétique de la statuaire mystique de l’Afrique occidentale, et de comprendre sa signification, parfois ésotérique.

Une centaine de sculptures de la collection Anne et Jacques Kerchache nous parlent des sentiments les plus profonds ; ceux qui nous obsèdent depuis la nuit des temps. La peur, la douleur, la jalousie ou encore l’amour émanent de ces figures composées de cordes, ossements et mèches de cheveux, et redécouvrent la fascination pour l’inexplicable. « Un nouvel éclairage sur un art qui reflète les préoccupations universelles et éternelles de l’humanité » explique Matthieu Simonnet attaché de presse de l’institution.

Objet vaudou Fon, Bénin. Photo © Yuji Ono

L’art du clair-obscur

Objet alchimique, la statuette vaudou est constituée de remèdes ou de matériaux investis de pouvoirs particuliers, qui recouvrent sa surface ou lui sont intégrés. Une accumulation énigmatique qui matérialise les pensées humaines. Les cordes nouées sont associées à la colère et à l’emprisonnement, les taquets en bois à la volonté d’aller au cœur d’un problème et l’ajout de cauris à l’attente ou au désir. Des ingrédients secrets aux sens multiples qui ne peuvent être décryptés que par les experts.

« En Occident, peu de sujets sont aussi chargés de mystère et aucun culte religieux n’a réussi à se mêler au catholicisme et à d’autres traditions religieuses comme le vaudou », affirme Simonnet. La preuve : ce n’est pas une pratique du passé, car elle est encore très présente de la côte du Togo à l’Ouest du Nigeria, de l’Amérique du Nord aux confins de la Terre de Feu.

Mais si le visiteur se laisse emporter par une mise en scène énigmatique, le propos de cette exposition va bien au-delà et offre une approche plutôt historique et esthétique. « Il s’agit de révéler l’originalité plastique d’un art millénaire. Un véritable défi pour une fondation d’art contemporain », avoue Simonnet. Car ici, on découvre avant tout le travail de Jacques Kerchache lors de ses nombreux voyages en Afrique et en Amérique. Explorateur esthète et expert autodidacte décédé en 2001, il a fortement encouragé les musées français à dépasser une approche essentiellement ethnographique des arts premiers et à les considérer pour leur valeur esthétique universelle.

La scénographie raffinée et puissante de l’exposition, signée Enzo Mari, exalte ces qualités en présentant les pièces dans un silence dédié à la contemplation. Du rez-de-chaussée au niveau inférieur, les statues flottent dans un décor complètement noir, interdisant tout vertige.

Une fascination millénaire

L’exposition de la Fondation Cartier n’est pas la seule à aborder des sujets ténébreux ces derniers temps. Depuis le succès l’année dernière de Crime et châtiment au musée d’Orsay, les expositions consacrées au mysticisme et à l’effroi fleurissent dans le panorama culturel parisien. Peurs sur la ville à la Monnaie de Paris ou encore Tous Cannibales à la Maison Rouge témoignent des goûts parfois macabres du public. L’affluence massive, aussi.

« Dès l’antiquité, des phénomènes paranormaux ont été mis en scène et exploités sous forme de pratiques publiques. L’irrationnel reste un sujet qui fascine », préconise l’affiche annonçant les Soirées Nomades, la programmation de spectacles de la Fondation Cartier. Sous le titre de Mystère et à l’occasion de l’exposition Vaudou, ce cycle de soirées s’en fait écho en proposant une série d’événements dans une ambiance mi-foraine, mi-mystique, tour à tour obscure, décalée et onirique. L’énigme est à découvrir jusqu’au 25 septembre.

Alan Giménez Suárez

« VAUDOU » , jusqu’au 25 septembre à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris (14e), tlj sauf le lundi, de 11h à 20h, le mardi jusqu’à 22h. Rens: 01 42 18 56 72 ou fondationcartier.com

Publicités

Une Réponse to “La Fondation Cartier fait la part belle au culte de l’étrange”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Expos, faites-moi peur ! « Culturbulences - 29 mars 2011

    […] de Patrick Chauvel, dans Peurs sur la ville, sont-elles prémonitoires ? Les statuettes Vaudou de la fondation Cartier nous protègeront-elles ou nous jetteront-elles un mauvais sort ? Autant de […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :