Slow Info, l’info à flux détendus

29 Mar

Qu’entendre par « slow info » ? Il s’agit là d’un journalisme qui prend son temps, revendiquant une production d’informations de qualité, avec investigation photographique et reportage sur le long terme. Une forme journalistique déjà épousée par certaines revues et qui tend à se développer : un manifeste a même été lancé en Allemagne au début de l’année 2010 concernant de façon plus large les Slow Médias

Dans cet esprit, sous des dynamiques différentes et des angles audacieux,  les magazines XXI et Technikart sortent leurs petits derniers.

De nouveaux titres significatifs


Le 24 mars, XXI, magazine de « l’information grand format », créé par Laurent Beccaria et Patrick de St-Exupéry en 2008, lance une nouvelle revue de photoreportage, biannuelle, intitulée 6Mois, temps laissé au lecteur pour arpenter les longs reportages en images.

Les parents de ce nouveau bébé ne sont pas des amateurs puisque XXI s’écoulait déjà à près de 35000 exemplaires en moyenne avec en prime un prix Albert Londres en 2009 pour Sophie Bouillon et son reportage sur le retour d’un réfugié au Zimbabwe.

Fort du succès de la recette, XXI enfonce le clou : pas de pub, diffusion en librairie, articles longs, 350 pages et prix conséquent : 25 euros.

Le défi de 6Mois est de sortir une nouvelle revue photo alors que les poids lourds du genre battent de l’aile. Geo, Photo et National Geographic perdent des lecteurs, le photoreportage étant une presse onéreuse.

Le nouveau titre 6Mois tente le véritable reportage récit-photo, en contrepied d’une lecture zapping et d’une déferlante d’illustrations inondant la presse écrite.

Surfant sur la vague de Polka, Uzbek & Rica ou encore Muze, ce magazine remplit le banc de la presse slow, vers une consommation intelligente de son contenu.

Vidéo de lancement de la revue 6Mois

Pour Technikart on passe du « slow info » au « slow food »

Et cela, en référence au  manifeste des Slows Medias : « Tout comme pour la production d’un bon repas, qui demande une pleine attention de tous les sens par le cuisinier et ses invités, les slows média ne peuvent se consommer avec plaisir que dans la concentration ».

Loin d’être apparenté à l’association internationale de défense des petits producteurs qu’est Slow Food, Grand Seigneur, le tout nouveau Hors Série trimestriel Cuisines et Vins de Technikart, se lance dans du journalisme gastronomique qui se refuse d’être du journalisme gastronomique traditionnel et en fait très trivial.

Ici, pas de bonnes adresses, pas de recettes, ni de coups de cœurs de sommeliers, pas non plus d’évènements médiatiques sauce Fooding ou Miam, Grand Seigneur se réserve le droit de ne pas être classe, en témoigne la couverture provoc’ et le ton très Grande Bouffe de Marco Ferreri qui y règne, tout en gardant l’esprit branchouille typique de Technikart.

Le défi : prendre le contre-pied de ce qui se fait dans la presse gastronomique.

On parle de sexe, d’Andy Warhol, d’ivresse et de junk-food. Bref, on se fait plaisir. Le plaisir, celui qui nous fait rester 3h à table et qui ne réside pas forcément et exclusivement dans l’assiette, le plaisir qu’a tendance à oublier la plupart des magazines gastronomiques. Une presse écrite et audiovisuelle souvent péremptoire « qui nous parle encore comme à des ménagères de moins de 50 ans ».

Avec Grand Seigneur, on rentre dans le lard, pour une autre vision de la presse gastronomique qui ne se prend pas le chou. Comme le note très justement Olivier Malnuit, son rédacteur en chef’ : « Il s’agit d’une libération, autant par rapport aux ayatollah de la santé qu’aux petits soviets de la cuisine et du bon goût ».

L’info slow resistante à l’info low cost

Au travers de ces deux productions 6Mois et  Grand Seigneur, le journalisme durable et progressiste continue sur sa lancée. Le journalisme « Slow » prend à contre-pied la pratique que connaît la profession depuis 5 à 6 ans, avec le développement de la presse numérique. Une traduction classique entre journalisme d’investigation et journalisme d’actualité, le recul analytique face à l’info chaude. C’est  l’éternel combat entre journalisme assis et journalisme debout.

Cependant une telle dichotomie s’atténue devant les nouveaux impératifs de l’information. Les contraintes temporelles auxquelles doivent faire face les journalistes web poussent ces faiseurs d’infos à trouver des façons de travailler inédites, comme le décrit un article du blog de l’école de journalisme de Sciences Po, « La rédaction secrète du Web français. »

Donner de l’information le plus vite possible et la développer, via des décryptages, des reportages, des enquêtes est chose possible, en explicitant l’enjeu de ce qui n’était encore, quelques heures plus tôt, qu’un « urgent » rédigé en quelques lignes brouille les frontières.

L’info Slow reste un impératif, certes, mais il faut qu’elle soit prompte.

Jérémie Larrieu.


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