« Tous cannibales » : à dévorer sans modération

29 Mar

Cannibalisme, anthropophagie et autres délicieuses pratiques : c’est à une étrange exposition que nous convie la maison rouge, à Paris. Au programme, des artistes contemporains se penchent sur cet imaginaire terrible, à l’ère des nouvelles pratiques chirurgicales. Étonnant et passionnant.

« Nous sommes tous des cannibales »

Le cannibalisme : ce sujet tabou fait appel à des peurs refoulées et à un imaginaire rempli de mythes effrayants, il serait même banni de nos rêves, selon Freud. Mais ici, la cruauté de l’anthropophagie est abordée avec un regard critique, un imaginaire onirique, de l’humour souvent, un esprit carnassier parfois, mais sans tomber dans le gore. Jeanette Zwingenberger, la commissaire de l’exposition, s’est intéressée à une jeune génération d’artistes travaillant sur le rapport à soi et à l’autre comme chair comestible. Est-ce une tendance ? Que nous disent les artistes sur notre époque ? « Nous sommes tous des cannibales, la manière la plus simple d’identifier autrui à soi-même, c’est encore de le manger » : à travers cette formule de Claude Lévi-Strauss, publiée en 1993 dans le quotidien italien La Repubblica, l’exposition rend hommage à cet anthropologue visionnaire. Dans son article, il fait le rapprochement entre les actes cannibales comme acte rituel et la transplantation médicale des organes ainsi que la transfusion sanguine. Cette incorporation biologique de l’autre devient une manière de se l’approprier. En se posant la question de l’unité du corps ou du lien de parenté aujourd’hui.

Melon,vidéo de Patty Chang, 1999, DR

La chair vue comme l’intériorité de l’homme

À l’origine, le cannibalisme était un rite religieux, un devoir et même un acte d’amour. Tous cannibales interroge cette forme de violence gratuite à l’encontre d’autrui. Entre mythe d’hier et réalité d’aujourd’hui, profane et sacrée, cette exposition procède au dévoilement des tabous. Le spectateur découvre alors que le thème de l’anthropophagie met en relief le rapport de soi à l’autre, du civilisé au barbare, de l’enfant à sa mère (la première dévoration commence avec l’allaitement). La face cachée de l’homme, son intériorité, c’est cette chair, ici mise à nu intelligemment.

Adriana Varejâo, Azuleria Branca em Carne Viva, 2002, collection de la Fondation Cartier, Paris

L’imaginaire transgressif des artistes nous ramène à nos violences contemporaines et paradoxalement, replace le corps humain dans la chaîne du vivant. On sort de cette exposition enrichi d’une autre approche de la chair, de soi-même et de l’autre. Le respect est venu, petit à petit, remplacer le dégoût associé à cette thématique universelle. Contrairement à ce que l’on attendait, elle cherche moins à choquer le visiteur qu’à l’interpeller en ouvrant des pistes de réflexion.

Valentine Bossi-Bay

« Tous cannibales », jusqu’au 15 mai, à la maison rouge-Fondation Antoine de Galbert, Paris (12e), du mercredi au dimanche, de 11h à 19h, le jeudi jusqu’à 21h. Rens : 01 40 01 94 38, ou www.lamaisonrouge.org

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  1. Expos, faites-moi peur ! « Culturbulences - 29 mars 2011

    […] l’exposition Tous cannibales, va-t-on voir les chairs à vif ? Les photo-montages de Patrick Chauvel, dans Peurs sur la ville, […]

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