Catherine Ringer : La mort qu’on voit danser

3 Mai

Entre œuvre marquée par le deuil et hymne à la vie, Ring’n’Roll marque le retour de Catherine Ringer sur le devant de la scène, trois ans et demi après la mort du guitariste des Rita Mitsouko et compagnon, Fred Chichin. Portrait de la chanteuse esseulée.

Catherine Ringer aux Eurockéennes de 2007. Creative Commons : Rama

Buzz-moi

« Vous êtes une pute », lui avait balancé à la tronche Serge Gainsbourg (alors plus près du bar) lors d’un célèbre moment de divertissement gravé dans nos mémoires d’enfants de la télé. Avec le recul, il est plutôt curieux ce décalage entre le respect du vouvoiement et l’insulte misogyne éructée par le dandy de la chanson française, devenu à l’époque roi des beaufs. C’est ce genre de sentiments contradictoires que la carrière de Catherine Ringer suscite, elle qui débuta par quelques expériences dans le porno avant d’être aujourd’hui acclamée par la critique à l’occasion de la sortie de son premier album solo, Ring’N’Roll.

Il y a quelques jours, elle a encore fait des siennes sur le petit écran, toujours devant Michel Denisot, en quittant cette fois-ci le plateau du Grand Journal sur Canal +, alors qu’elle était venue présenter ledit album. Des rides ornent désormais son visage, les cheveux sont devenus grisonnants, mais la Ringer n’a rien perdu de son franc-parler, ni de son rapport ambigu à l’égard des médias. Si la presse a, avec le temps, offert une place de choix aux Rita Mitsouko au Panthéon de la chanson française, le premier concert en solo de la chanteuse, à la Boule Noire en mars dernier, était pourtant toujours inaccessible aux journalistes. Comme il y a quatre ans, quand les Rita Mitsouko présentaient Variety, leur ultime album.

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé

Aujourd’hui, c’est seule que la Ringer monte sur scène, sans son alter ego Fred Chichin, emporté par un cancer foudroyant en novembre 2007 à l’âge de 53 ans. Les Rita Mitsouko était avant tout l’histoire d’une rencontre, celle de ce musicien de talent passionné de cinéma et de cette chanteuse et actrice borderline et insaisissable. Si elle devient très vite son double créatif et la mère de ses enfants, c’est lui qui mène discrètement la barque, composant toutes les chansons du duo et mettant en son l’ensemble. « Je me vois comme le côté roll du rock, sa partie ternaire : rockabilly, rhythm’n’blues, funk. Fred était davantage binaire », confiait-elle récemment à L’Express.

C’était donc cela le moteur du duo, une complémentarité créative. Après la perte de sa moitié, que pouvait-elle faire, elle qui n’avait plus envie de chanter ? Bien qu’on l’attendait toujours au tournant, on n’était pas sans s’inquiéter quant à la vitalité artistique de Ringer. Parviendrait-elle à prolonger seule ce qu’ils avaient produit en vingt-sept ans de carrière ? Avant de retourner en studio, la chanteuse a d’abord voulu prolonger la tournée de Variety, commencé avant le décès de Chichin. Elle le fît sous le nom de « Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko and more », de mars à juillet 2008. Mais elle était devenue incapable de chanter en dehors de la scène, pour elle. « C’est comme si un chef d’entreprise perdait son associé. Pendant quelque temps, il ne sait pas s’il va pouvoir continuer seul », explique-t-elle. Après une période de deuil, c’est le producteur Mark Plati qui parvint à la convaincre de retourner en studio et enregistrer ses propres chansons.

Pochette de l'album Ring'n'Roll

La veuve joyeuse

Ce qui frappe à la première écoute de Ring’n’Roll, c’est l’ampleur avec laquelle Catherine Ringer arrive à mêler des sentiments opposés. De la mélancolie à la joie de vivre, du deuil à la danse, l’album est le reflet de ses deux dernières années, marquées par les hauts et les bas de la vie. Du guilleret « Vive l’amour », où elle chante « J’fais que penser à mon amoureux » à « Prends-moi », déclaration sur le désir physique, les douze titres sont directement adressés à son défunt mari, interlocuteur privilégié de la dame en noir, qui renaît sous ses compositions en forme d’hommage. Ultime au revoir, « Mahler » reprend le célèbre adagietto de la 5ème symphonie de Gustav Mahler, sur lequel elle dit une prière pleine de sincérité déconcertante.

Fille d’un rescapé des camps de concentration, Ringer revient à ce qu’elle a toujours su faire, de « Marcia Baila » à « Le Petit Train » : faire danser la mort pour mieux lui faire la nique, et célébrer la joie d’être en vie. Excessive, provocatrice et morbide, on peut penser ce qu’on veut de la chanteuse à la carrière aussi féminine qu’un vieux semi-remorque, on sera pourtant surpris ici par une douceur inédite, un semblant de paix intérieure. Fred Chichin parti, c’est leur fils Raoul, 19 ans, qui accompagne la Ringer sur scène. La rupture dans la continuité, comme dirait l’autre…

 Sébastien Jenvrin


Catherine Ringer, Ring’n’Roll (Because), sortie le 2 mai. En concert à La Cigale (Paris), le 19 mai. En tournée (dates sur www.catherineringer.com) Album en écoute sur Deezer :

http://www.deezer.com/fr/music/catherine-ringer/ring-n-roll-960288

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