Fier d’être matador : la tauromachie, patrimoine immatériel

3 Mai

Le 22 avril 2011, le premier jour de la feria d’Arles, le Ministère de la Culture a inscrit la tauromachie au patrimoine culturel immatériel français. À la suite de cette décision, de nombreuses associations anti-corrida ou de défense des animaux ont manifesté leur colère.

[diaporama sonore]

Les faits :

  • 17 octobre 2003 : l’Unesco adopte une Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Objectif: protéger les cultures populaires au même titre que les sites et les monuments. Selon l’article 2 du document : «On entend par patrimoine culturel immatériel les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire que les communautés reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Ce patrimoine, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et leur procure un sentiment d’identité et de continuité.»
  •  2006 : la France ratifie cette convention qui impose aux Etats signataires de tenir un inventaire du patrimoine national.
  • Décembre 2009 : Une cinquantaine de villes du sud et du sud-ouest de la France – parmi lesquelles les plus grandes places taurines que sont Arles, Dax, Bayonne ou Béziers – entreprennent des démarches pour faire inscrire la culture taurine au patrimoine immatériel de l’Unesco.
  • 28 juillet 2010 : La Catalogne, région autonome d’Espagne, vote une loi interdisant la corrida dans cette province à partir de janvier 2012.
  • 22 avril 2011 : La tauromachie est inscrite au patrimoine culturel immatériel de la France auprès du Ministère de la Culture. À la suite de cette décision, l’Observatoire national des cultures taurines, créé en 2008 à Arles, et les membres de l’association Culturaficion qui rassemble des passionnés de Tauromachie et de culture hispanique, ont salué « une décision historique » et se sont félicités de la décision du Ministère de la Culture. Dans les jours qui suivirent, de nombreuses associations françaises de défense des animaux, dont la Fondation Brigitte Bardot, l’Alliance Anti Corrida, le CRAC (Comité Radicalement Anti Corrida), la Fondation 30 millions d’amis et la SPA (Société Protectrice des Animaux) s’indignent de cette décision. Selon la SPA, plus de 72% des Français sont favorables à l’abolition de la corrida sur les 11 départements de l’Hexagone où elle est tolérée. Claire Starozinski, la fondatrice d’Alliance Anti Corrida, rappelle par ailleurs que « la corrida a été introduite en France il y a 160 ans [et que] ce n’est donc en aucun cas une tradition française. » La fondation 30 millions d’amis a par ailleurs ouvert une pétition sur internet demandant le retrait de la tauromachie du patrimoine culturel immatériel français.
  • 27 avril 2011 : La SPA déclare dans un communiqué « s’opposer fermement à cet acte de cruauté et fera tout son possible, aux côtés de ses consœurs, pour stopper la reconnaissance de cette horrible mise à mort des taureaux« .
  • 28 mai 2011 : Une grande manifestation est organisée à Paris devant le Ministère de la Culture à l’initiative du CRAC Europe afin de dénoncer les pratiques de la corrida.

Liens :

Retranscription du débat (voir le diaporama):

  • [PPDA] Nous consacrons notre débat du jour à la tauromachie. Suite à la décision prise par le Ministère de la Culture le 22 avril 2011 d’inscrire la tauromachie au patrimoine culturel immatériel français, de nombreuses associations de défense des animaux ont manifesté leur colère.
  • Pour évoquer ces questions et ce sujet polémique, nous accueillons aujourd’hui autour de notre table : El Juli, un matador prodige né à Madrid qui torée depuis l’âge de 10 ans ; Francis Wolff, philosophe et auteur du livre « 50 raisons de défendre la corrida » ; Brigitte Bardot Bardot, qui a créé la fondation éponyme et milite pour la défense des animaux ; et enfin Pepe, un taureau camarguais qui rentrera dans l’arène pour la prochaine féria de Nîmes qui se tiendra du 8 au 13 juin 2011.
  • – Commençons par vous, Pepe. Que ressentez-vous envers le Ministère de la Culture, dont la décision vient de propulser la tauromachie au même rang que la dentelle et la musique bretonne sur la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco ? Êtes-vous fier de ce nouveau statut ?
  • [Pepe] – Vous savez, cela ne change pas grand chose pour les taureaux : patrimoine immatériel ou pas, notre sort reste le même. Lancés dans l’arène devant un public en liesse comme auparavant des gladiateurs devant les empereurs romains, nous subissons les pires atrocités qui soient : non contents de nous maltraiter avant la corrida, nous recevons des coups de pique pour nous affaiblir dans un premier temps, puis on nous plante trois paires de banderilles dans le dos ; enfin vient l’estocade finale : après quelques passes rondement menées pour amuser la galerie surexcitée, le matador plonge son épée dans notre échine, et c’est le trépas assuré dans une souffrance intolérable. Il ne reste plus qu’à nous servir tout fumants en gardiane sur un plateau dans les restaurants du coin. Et si le torero a été jugé par ses congénères particulièrement talentueux ou artistique dans l’accomplissement de son méfait macabre, on nous coupe les deux oreilles et la queue pour signifier son prestige. N’est-ce pas une tradition abominable ?
  • [El Juli] – Allons allons, n’exagérez pas. Tous les aficionados vous le diront : la tauromachie est un art noble, qui nécessite courage et sang-froid de la part du torero. L’homme – pardon Brigitte – l’être humain y affronte l’animal dans un combat certes physique mais aussi éminemment symbolique. Il faut se sublimer pour se hisser à la même hauteur que le taureau. Comme l’exprime l’association Culturafición, « la passion pour la tauromachie n’a rien à voir avec la caricature grotesque, manichéenne et insultante trop souvent proposée. » Selon l’Observatoire national des cultures taurines, la corrida participe même « aux arts du spectacle vivant, des activités rituelles et festives et constitue le noyau de nombreuses fêtes locales. Réunissant des centaines de milliers de passionnés, la corrida est fondée sur la mise en valeur de l’instinct offensif du taureau et sur le respect de cet animal, élevé en liberté sur de vastes étendues. Elle contribue par là même à maintenir des traditions et des savoir-faire liés à la campagne et à l’élevage.»
  • [Francis Wolff] – Je dirais même plus : « la tauromachie, depuis le XVIIIe siècle, réunit des aspects historiques, des rituels, une littérature très abondante, des peintures, la transmission de génération en génération… Bref, elle détient de nombreux caractères symboliques qui font qu’elle constitue une culture, et qu’on peut la considérer comme telle. »
  • [Brigitte Bardot] – Au secours ! J’espère que vous plaisantez ! Tel que l’a rappelé très justement Claire Starozinski, la fondatrice d’Alliance Anti Corrida, « la corrida a été introduite en France il y a 160 ans et n’est donc en aucun cas une tradition française ». Et quand bien même la corrida serait une tradition française, plus de 72% des Français sont favorables à son abolition sur les 11 départements de l’Hexagone où elle est tolérée, selon des chiffres rendus publiques par la SPA.
  • [El Juli] – Mais faites-la taire, elle divague ! Elle dit n’importe quoi cette dame !
  • [BB] – Pas du tout. De nombreuses associations font entendre leur voix depuis la décision malheureuse du gouvernement : la Fondation Brigitte Bardot (ça c’est moi), l’Alliance Anti Corrida, le CRAC (le Comité Radicalement Anti Corrida), la Fondation 30 millions d’amis et la SPA entres autres protestent à corps et à cri et comptent bien demander le retrait pur et simple de la tauromachie de la liste de l’Unesco. Dans ce sens, j’ai adressé une lettre ouverte au Ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, à qui l’on doit ce joyeux imbroglio. Je vous en lis un passage :  » Monsieur le ministre de l’Inculture, en inscrivant la tauromachie à l’inventaire du patrimoine culturel de la France, vous venez de faire la plus grosse connerie de votre vie ! Si vous êtes porté aux nues par une poignée d’aficionados qui vous ont manipulé vous venez de vous mettre à dos la majorité des Français. A peu de temps des présidentielles, vous avez probablement voulu vous mettre au diapason du minable gouvernement qui vous emploie auquel vous venez de porter l’estocade définitive et sans appel. « 
  • [PPDA] – Bien, merci à vous d’avoir participé à ce débat. El Juli, vous voulez prononcer le mot de la fin ?
  • [El Juli] – Ooooooolé !

 Mikaël Aurelio Doulson Alberca

28 avril 2011

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Une Réponse to “Fier d’être matador : la tauromachie, patrimoine immatériel”

  1. LWO 20 mai 2011 à 09:26 #

    ! Ola matadors !
    V’la de la corrida y fiesta :

    (plus de graff vidéo sur http://graff.video.free.fr)

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