La 3D, nouvel eldorado du pornographe ?

3 Mai

Le succès hongkongais d’un film érotique en 3D reflète l’espoir que l’industrie du cinéma X place dans cette technologie.

Gare à tes fesses, David Cameron ! Le colosse Avatar, plus gros succès de l’histoire du cinéma et figure de proue de la technologie 3D, a été terrassé au box-office hongkongais par un autre film en relief au titre évocateur, 3D Sex and Zen: Extreme Ecstasy. Réalisé par Christopher Sun Lap Key et sorti en salles le 14 avril, ce dernier présente la particularité d’être vendu comme le « premier film érotique en IMAX 3D ». C’est peu dire que ce long métrage soulève la passion des hongkongais, sa première semaine d’exploitation ayant rapporté 2,8 millions de dollars hongkongais contre 2,6 millions pour le film aux E.T. bleus.

Appartenant au genre du porno « soft », 3D Sex and Zen est un remake du Sex and Zen sorti par le même réalisateur en 1991, lequel reste le plus grand succès du cinéma hongkongais pour adultes. Adapté d’une œuvre de la littérature érotique chinoise datant du XVIIème siècle – La chair comme tapis de prière – le film dépeint les exploits sexuels d’un jeune homme qui se joint aux ébats royaux de la dynastie Ming. Tourné en cantonnais avec un budget de 30 millions de dollars hongkongais (2,67 millions d’euro), le film mêle costumes d’époques, effets spéciaux soignés et multiples scènes orgiaques. Miracle de la technologie, les spectateurs peuvent notamment y voir un attribut de cheval long d’un mètre jaillir de l’écran pour venir fendre l’air au-dessus de leur visage épanoui. Malgré son interdiction aux moins de 18 ans, le film vise à toucher un large public.

De la fesse, oui, mais en 3D

Stewardness, premier succès du porno soft en 3D.

L’idée d’un film pornographique en 3D est toutefois loin d’être neuve. En 1969, un film porno soft intitulé The Stewardness avait déjà connu un succès commercial inattendu aux États-Unis, donnant lieu à une mode qui s’était peu à peu essoufflée, la faute à une technologie encore trop primitive et à une production inégale. Aujourd’hui néanmoins, la technologie 3D fait figure de nouvel eldorado pour une industrie du X mise en difficulté par l’expansion du porno gratuit sur internet. Les avantages de la vidéo en relief sautent aux yeux selon Stephen Shiu Jnr., président de la producteur de 3D Sex and Zen : « Grâce au procédé 3D, les spectateurs, équipés de lunettes spéciales, ont l’impression que les actrices se trouvent à quelques centimètres d’eux. » Et les chinois ne sont pas les seuls sur le coup : le réalisateur italien Tinto Brass a par exemple annoncé la production d’un remake en 3D de son classique porno-gore Caligula, sorti en 1979. Sans doute afin de boucler la boucle, le groupe américain Hustler affirme quant à lui travailler sur une parodie porno en 3D du film Avatar. En France, la boîte de production porno-chic Marc Dorcel a investi entre 1,5 et 2 millions d’euros dans de nouveaux équipements de tournage, et mis au point une technologie 3D particulière favorisant « le jaillissement sur la profondeur » (sic). Rob Smith, directeur des opérations pour Hustler Video Groupe, traduit bien cet enthousiasme du X pour la 3D : « Les gens qui achètent [des] téléviseurs 3D ont besoin de contenu. Ils veulent quelque chose à regarder. Et les gens aiment le porno. »

Grégory Dorcel, directeur général de Dorcel S.A., fait la promotion du porno 3D au festival de Cannes 2010.

Un futur encore incertain

Reste à savoir si le succès fulgurant de 3D Sex and Zen: Extreme Ecstasy ne tient pas pour l’essentiel de l’effet de nouveauté, comme ce fut le cas pour Avatar. D’autant plus que les excellents résultats du film au box-office de Hong-Kong ont sans doute été aidés par sa prohibition en Chine territoriale, laquelle a poussé nombre de cinéphiles et de curieux à se rendre à Hong Kong pour assister à une projection du film. Ainsi à Hong Kong, 70% des places étaient pré-réservées avant la sorties du film, tandis que plusieurs agences de voyage chinoises ont organisé des excursions spécialement pour l’occasion. Culturellement, on peut également se demander si ce mélange d’aventures, d’érotisme et de burlesque recevrait un accueil aussi favorable en Occident – certains spectateurs étrangers se sont ainsi dit passablement déçu par l’aspect passablement soft du film, très éloigné de ce qu’on entend ordinairement par pornographie.

Thibault Goehringer

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