Archive | Ciné RSS feed for this section

La 3D, nouvel eldorado du pornographe ?

3 Mai

Le succès hongkongais d’un film érotique en 3D reflète l’espoir que l’industrie du cinéma X place dans cette technologie.

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Thor : un coup de marteau suivi par 800.000 spectateurs

3 Mai

© Paramount Pictures France

Thor, le nouveau film du réalisateur et acteur Kenneth Branagh, martèle les salles françaises depuis sa sortie mercredi dernier. Près de 800.000 spectateurs ont déjà suivi les aventures du guerrier interprété par l’adonis australien Chris Hemsworth et entouré de vedettes hoolywoodiennes comme Nathalie Portman et Anthony Hopkins dans cette superproduction Marvel / Paramount en 3D. Le très bon démarrage de Thor,  qui a coûté près de 150 millions de dollars, s’affirme comme une autre bonne nouvelle sur la semaine passée avec une fréquentation des salles à la hausse.

En effet, le marteau du dieu germanique n’a pas réussi à faire fléchir la concurrence, notamment les productions animées. Rio, le nouveau rejeton des studios Fox réalisé par le brésilien Carlos Saldanha a réussi à attirer 1.617.000 spectateurs en moins de trois semaines d’exploitation tout comme Titeuf, le dessin animée de Zep qui a déjà dépassé le million d’entrées. Cette semaine, le film américain Fast and Furious 5 de Justin Lin risque aussi de cartonner. Il est précédé d’un résultat extraordinaire aux États Unis avec 83 millions de dollars récoltés. Le trône de Thor va être disputé.

Kill Bin Laden doit revoir son scénario

3 Mai

Kathryn Bigelow ©Christiano del Riccio 2010

Changement de programme pour la réalisatrice Kathryn Bigelow. Depuis plusieurs semaines, elle préparait son nouveau long métrage, Kill Bin Laden, elle n’avait pas prévu que les troupes américaines finiraient par mettre la main sur le numéro 1 d’Al Qaïda. Le film devait en effet retracer la déroute des commandos américains chargés de retrouver Ben Laden. Vingt quatre heures après la mort d’Oussama Ben Laden, deux possibilités s’offrent à la réalisatrice oscarisée : l’abandon ou la réécriture du scénario. Prise de cours, Kathryn Bigelow a d’ores et déjà laissé entendre qu’elle modifierait son film en conséquence, lui ajoutant une scène de fusillade de 40 minutes. Un happy end pour Kill Bin Laden ?

 E.A.

Crêpage de tutu autour de « Black Swan »

29 Mar

Depuis quelques jours, les équipes du film Black Swan se prennent le bec pour savoir qui, de Natalie Portman ou de sa doublure, a vraiment dansé dans le film.

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Kubrick, l’odyssée de ses espaces

29 Mar

« Kubrick était un artiste visionnaire dans tous les sens de ce mot galvaudé », déclarait Martin Scorsese en 2004. Par un subtil dosage d’extraits filmiques, de considérations techniques et d’archives de tournage, La Cinémathèque rend un vibrant hommage au plus grand des « cerveaux » du cinéma.

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Les chorégraphies urbaines de Wim Wenders

29 Mar

Trois ans après Rendez-vous à Palerme, fantaisie passée inaperçue sur nos écrans, Wim Wenders salue la grande Pina Bausch dans un documentaire au relief appréciable. Pina 3D ou un ballet résolument moderne.

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Quelle place pour le cinéma expérimental et la vidéo d’art sur Internet ?

1 Mar



La vidéo d’art perce sur Internet

A l’heure où les plateformes de partage vidéo sont devenues les vecteurs d’une culture amateur, quelle est la place laissée à la vidéo artistique sur Internet ?

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Les cinémas indépendants face à l’ogre numérique

1 Mar

 

Les dessous d’un système imposé

La révolution numérique a transformé l’industrie du cinéma. Pour certains, elle permet de réduire les coûts de distribution, et donc d’augmenter le nombre et la variété des films européens projetés à travers le monde. Mais pour la plupart des salles indépendantes, la réalité est toute autre : elle remet en cause la diversité culturelle, est synonyme de complications et de perte d’emplois.

Une transition éclair

Aujourd’hui le numérique en France c’est 1/3 des écrans remplacés en moins de 2 ans, dont la majeure partie appartient à des multiplexes. Pour les salles indépendantes dont 20% des écrans seulement sont équipés, le problème est loin d’être résolu. Entre la concurrence que leur imposent les multiplexes et les difficultés financières, les petits cinémas sont dans une situation délicate, que le numérique fragilise encore un peu plus. Longtemps trop cher et peu rentable pour les grandes chaînes de cinéma, le numérique aura dû attendre 2009 et l’arrivée d’Avatar de James Cameron pour conquérir les salles obscures.

Affiche Avatar

Sorti en 2D et 3D en décembre 2009, ce film promettait une révolution technique, encore fallait-il être équipé du numérique. Certains multiplexes, comme les MK2, l’ont installé dans toutes leurs salles pour la sortie du film. D’autres, plus hésitants, ont préféré attendre , manquant la première vague de spectateurs. Face au rapide succès du film, les grandes salles non-équipées ont revu leurs priorités et se sont adaptées pour éviter de perdre d’autres spectateurs. Ce phénomène a accéléré le passage au numérique : en un an tous les multiplexes s’y sont convertis. Si, dans les grandes salles, le numérique a connu un essor grâce à Avatar, qu’en est-il des salles indépendantes ? Dans des situations économiques déjà délicates pour certaines, le numérique ne sera-t-il pas l’investissement de trop ? Les réflexions et les négociations sur le sujet fourmillent déjà, mais cela se fait-il vraiment dans l’intérêt des petites salles ?

Fermés pour travaux

Le numérique représente une avancée cinématographique inéluctable. Qu’il s’agisse des petites ou des grosses salles, toutes sont contraintes de s’adapter à cette nouvelle technologie, car, bientôt, les bobines de films seront remplacées par de simples disques durs. Si cet investissement est facilement envisageable pour les multiplexes, il s’avère nettement plus problématique pour les cinémas indépendants : inutile de préciser que ce matériel est extrêmement onéreux et que son installation nécessite un réaménagement complet. Pour la plupart des salles, il ne s’agit pas seulement de remplacer l’appareil, mais il faut également installer une nouvelle cabine, changer l’écran et payer des techniciens. Les cinémas indépendants reçoivent des aides de la part du CNC ou encore du Ministère de la Culture, mais, malgré cela, il reste une somme à payer à la charge de l’exploitant. Qui plus est, pour les projectionnistes et les techniciens de laboratoires, révolution numérique rime aussi avec chômage. Les exploitants estiment que, abandon des bobines obligent, l’utilisation du numérique représente 30% de travail en moins pour un projectionniste.

 

© Cotonnier

 

Des aides à tout prix

La numérisation des salles est un enjeu politique important en termes d’aménagement culturel du territoire et un dossier technique d’une extrême complexité. On se trouve, en effet, devant une industrie culturelle susceptible d’être aidée par les pouvoirs publics pour autant qu’elle assure une mission de service public. En attendant un ensemble d’aides plus juste et adapté, comment les exploitants peuvent-ils financer ce passage au numérique extrêmement coûteux (entre 70.000€ et 100.000€ par écran) ? Le CNC (Centre National de la Cinématographie) s’est érigé en défenseur des petites salles en proposant un fonds de mutualisation qui prévoit une contribution systématique des distributeurs aux cinémas projetant leurs films. Avec la volonté de venir en aide aux cinémas indépendants, le 30 septembre 2010, le parlement a définitivement adopté une proposition de loi visant à faciliter l’équipement numérique des salles de cinéma. Pour cela, il a instauré une contribution obligatoire pour les distributeurs de films numériques vis-à-vis des exploitants. Cette mesure devrait assurer la neutralité et l’équité des conditions de financement. Si la contribution des distributeurs aux salles indépendantes n’est pas suffisante, ces dernières peuvent faire appel au Fond de soutien géré par le CNC ou aux pouvoirs publics qui ont mis en place un plan de 125 millions d’euros pour aider 1500 salles. Deux aides qui peuvent être cumulées sans toutefois dépasser 200 000 euros par salle.

Vivre ou mourir : il faut choisir

Toutefois, tous les cinémas indépendants ne voient pas d’un mauvais œil l’arrivée du numérique. Si pour certains, elle est synonyme de complications, pour d’autres, elle est vue comme une évolution naturelle des choses. Tout comme le cinéma muet a laissé place au cinéma sonore, le numérique prendra le pas sur l’argentique, soutenu par les aides de l’Etat.

Pour le reste, la solution trouvée pour pallier le manque de moyens est de se regrouper en réseau. Auparavant, lorsqu’un film était projeté dans une petite salle et que celui-ci ne remportait pas un grand succès auprès du public, l’exploitant devait rendre la copie au distributeur, qui devait à son tour la faire passer à un autre exploitant. Avec le numérique, l’exploitant pourra désormais laisser plus longtemps un film à l’affiche, car la copie peut être dupliquée à moindre coût. A terme, il y aura aussi un gain financier pour les salles, puisqu’il n’y aura plus de transports de films à payer.

 

Le Grand Rex/Le cinéma du Panthéon © Truus, Bob & Jan of Holland/Alan

Un avenir à double tranchant ?

Le principal problème posé par le numérique reste la conservation d’une programmation dite « indépendante ». Face à des complexes comme UGC qui diversifient leur offre pour attirer un public varié, les petits cinémas doivent contre-attaquer et passer à des films grands publics. Certains se développent à vitesse grand V mais deviennent plus commerciaux, comme les MK2 depuis que Martin Karmitz a cédé à son fils la place de directeur du groupe en 2005.

 

Ticket d’entrée d’un cinéma Utopia

D’autres ont passé des accords avec les multiplexes et adopté une carte illimité commune. Si elle n’est pas si avantageuse pour les gérants de salles indépendantes, elle permet de contrer la fréquentation des multiplexes. D’autres encore, à l’instar du réseau Utopia, se sont regroupés pour affirmer leur indépendance. Présents dans plusieurs villes de France, leur prise de position les aide à créer un public fidèle. S’il facilite l’accès, le partage et l’échange de la culture, ce bouleversement ne devrait pas, pour autant, remettre en cause le droit des petites salles à conserver leur indépendance.

 

Valentine Bossi-Bay, Chloé Chochard-Le Goff, Alan Giménez

 

Les salles indépendantes : vie et survie des derniers gardiens de la diversité culturelle

Le cinéma est depuis bien longtemps une entreprise commerciale avec ses stars, ses paillettes et ses fortunes colossales. Mais, avec le néolibéralisme il a franchi un nouveau stade qui vient étouffer la création.

Une inquiétude constante

Les salles qui bénéficient de l’appellation « Art et Essai » résistent aux attaques des multiplexes. Leur personnalité, le label de qualité ou même leur charme un peu rétro ne rendent pas le combat moins difficile et les fermetures des salles s’enchaînent, provoquant l’inquiétude et l’indignation de leur personnel et de leurs habitués. Selon le quotidien Le Monde (article publié en juin 2008), de nombreuses petites villes de moins de 20000 habitants risqueraient de se voir privées de leur cinéma. Mais elles ne sont pas les seules victimes, les moyennes et grandes villes sont aussi touchées.

Fermeture de l’Odéon à Lyon (2009) © Loïc Blache

Bordeaux, Lyon ou Rouen sont quelques exemples de la situation désespérée des cinémas indépendants en France. En cinq ans, leurs habitants ont dû faire face à la fermeture de salles emblématiques comme le Jean Vigo, l’Odéon ou le Melville. Une réalité qui s’avère préoccupante dans la capitale où selon le CNC le nombre d’écrans est passé de 456 en 1977 à 362 en 2009.

Des fermetures généralement dues à l’implantation de multiplexes. Si la nécessité d’améliorer la sécurité et le confort des salles est souvent évidente, les déclarations d’intention des municipalités de maintenir l’activité « Art et Essai » ne suppriment pas les inquiétudes. En effet, le prétexte d’une amélioration des gestions de salles est souvent invoqué, mais les conséquences qui en résultent mettent en concurrence salles indépendantes et multiplexes.

Des aides suffisantes ?

En France, le CNC a pour rôle de veiller au maintien des spécificités cinématographiques et d’aider financièrement les exploitants de salles. En tant qu’établissement public directement en lien avec le Ministère de la Culture, il a mis en place un Fonds de soutien qui vient en aide aux salles à partir d’une taxe de 11 % prélevée sur chaque billet vendu. Les cinémas participants peuvent ensuite l’utiliser pour faire des travaux. Par ailleurs, les collectivités territoriales et les régions mettent régulièrement en place des plans d’aides aux petites salles.

Avec le numérique, de nouvelles dispositions doivent être prises. Par la loi du 30 septembre 2010 concernant l’équipement en numérique des salles indépendantes, les distributeurs doivent financer une partie de l’installation chez les exploitants projetant leurs films.

Michel Herbillon, Député du Val-de-Marne, s’exprime au sujet de son texte de loi sur l’équipement des salles de cinéma qui passent au numérique (16 juin 2010). © Groupe UMPAN

Cette contribution ne se faisant que les deux premières semaines suivant la sortie du film, les salles ne programmant pas le nouveau film durant cette période se voient privées de cet apport financier. Elles peuvent alors faire appel au Fonds de soutien, aux plans d’aides des collectivités régionales et territoriales mais cela risque de les priver de ressources si elles ont par la suite des besoins imprévues. Un nouveau plan d’aides serait alors nécessaire pour les 1500 salles indépendantes qui n’ont pas les moyens de payer une partie de l’installation elles-mêmes.

Alan Giménez

 

Le financement du numérique

VPF : contribution versée par les distributeurs

 

Le passage au numérique : décryptage à la loupe

Diaporama du matériel de projection (© Chloé Chochard-Le Goff, Valentine Bossi-Bay, Alan Giménez)

Avec la prolifération des multiplexes et l’installation des cartes illimitées, l’arrivée du numérique s’annonce comme la dernière étape de la transformation de la diffusion cinématographique. Cette mutation permet une meilleure qualité d’image et l’achat des copies à un prix moins élevé. Toutefois, elle reste aujourd’hui trop coûteuse pour beaucoup de petites salles.

Le numérique : passage obligé

Le démontage massif du matériel de projection 35mm est déjà lancé dans beaucoup d’établissements qui projettent désormais, exclusivement (ou presque) en numérique. En 2010, 123 long-métrages sont sortis en première exclusivité sur des copies numériques, dont 100 en version 2D uniquement et 23 en 3D.

Du côté des salles, l’installation des équipements de diffusion numériques est un passage obligé. Selon la base de données Cinego qui recense les écrans numériques français, 1836 écrans étaient déjà équipés (un peu moins de 34% du parc de salles national) au 3 janvier 2011. Sur ces écrans, 1043 (57%) appartiennent à six des sept circuits de salles qui rassemblent plus de 80 écrans en France : UGC, Europalaces, CGR, MK2, Kinepolis et Cineville. Les cinémas indépendants, de leur côté, comptent 793 écrans numériques sur un total de 3875 (environ 20%).

Parmi les raisons qui poussent les gérants des salles à tomber sous le charme du numérique, deux arguments reviennent : le débarras des vieux projecteurs et le stockage massif de films dans un espace réduit. Pour installer un matériel numérique, il suffit d’un serveur et d’un projecteur numérique, les deux équipements de base de la salle du futur.

Le serveur, assure d’abord la réception et le stockage des fichiers de films DCP. Ce dernier les décode et les décompresse avant de les envoyer au projecteur. Une fois réceptionnés, les fichiers de films sont répartis sur les disques durs implantés dans le serveur dont la capacité de stockage dépend du nombre et de la capacité des disques durs qu’il contient. Finalement, le lecteur intégré envoie, comme par le passé, les informations liées aux images vers le projecteur et celles liées au son vers les amplificateurs.

Les techniques des projecteurs numériques diffèrent de celles des anciens, notamment par rapport à la taille et à la qualité d’image. À ce jour, deux technologies de projection numérique offrent une résolution au moins égale à celle du 35mm : le DLP cinéma de Texas Instruments et le SXRD de Sony. Le dernier étant encore en période de perfectionnement laisse la place au premier dans la majorité des salles reconverties. Sa taille, celle d’un ongle humain, et sa résolution de 2K (le format 4K est attendu pour cette année) permet de projeter les longs-métrages avec une incroyable netteté et des détails précis dans une gamme pouvant atteindre 35 trillons de couleurs.

Du physique à l’immatériel

Partie du projecteur numérique © Mike Renlund

Le cinéma numérique englobe tous les aspects du processus d’élaboration d’un film, de la production, à l’exploitation, en passant par la distribution. C’est justement cette dernière étape qui concerne aussi les salles de cinéma qui doivent s’adapter pour pouvoir réceptionner les films distribués en mode numérique.

Dans le passé, les distributeurs ont eu recours à différents types de supports comme les cassettes numériques ou les DVD. Cependant, avec la normalisation du cinéma numérique, le disque dur s’est imposé comme l’unique support de diffusion. Cet appareil de la taille d’un livre de poche peut stocker 1 à 2 long-métrages compressés au format JPEG2000, et est réutilisable une centaine de fois.

Le disque dur est placé dans le lecteur qui transfert son contenu dans le serveur. Une opération plus simple que celle des bobines, plus fragiles, leur installation est plus contraignante pour certains.

La distribution immatérielle des films par ADSL ou satellite est appelée à remplacer tout autre sorte de distribution dans un futur très proche. Ainsi, les salles de cinéma numérique pourront recevoir des programmes par réseau ADSL ou par satellite, à travers une antenne d’une capacité de 30 Mégabits par seconde.

Alan Giménez

 

La Pagode : un cinéma en accord avec son temps

Classé cinéma Art et Essai depuis 1956, La Pagode est un lieu atypique du VIIè arrondissement de Paris au sein duquel travaille six employés : deux caissiers, deux ouvreuses et deux projectionnistes. Nous sommes allés à la rencontre d’Olivier Cousin, qui, depuis dix ans, fait à la fois office de directeur de salle et de projectionniste. Ce dernier nous a fait part de sa vision du numérique.

Façade de la Pagode © Valentine Bossi-Bay, Chloé Chochard-Le Goff, Alan Giménez

Quelles différences y a-t-il entre un cinéma indépendant et un cinéma Art et Essai ?

Il n’y a pas de différence. On peut être un cinéma indépendant et avoir une programmation commerciale, ou être un cinéma classé Art et Essai et prendre des risques dans sa programmation en passant des films plus fragiles. Même si maintenant l’Art et Essai englobe énormément de films comme par exemple « Des hommes et des dieux » ou un réalisateur comme Woody Allen qui est classé art et essai et qui pourtant marche très bien en France.

 

Que pensez-vous du numérique ?

C’est bien, c’est la voix à suivre. On n’a pas trop le choix, il faut s’adapter. C’est le passage du cheval à la voiture, du muet au sonore, c’est l’ordre des choses. Cela ne sert à rien de réfléchir, on peut toujours le faire sur la qualité de projection, le gain, ce que l’on perd, mais il faut s’adapter dans tous les cas. La Pagode passera au numérique au cours de l’année 2011, c’est l’année charnière. Chaque pays est en train de numériser sa cinémathèque. Cela sera plus facile d’obtenir un film étranger, il suffira de le télécharger et on l’aura tout de suite. La question ne se pose même pas de savoir si l’on est pour ou contre le numérique. Il faut s’adapter et que les conditions soient les meilleures possibles. Ça ne changera pas grand-chose à la structure de la société, vu que l’on a deux salles, on gardera deux opérateurs.

Cela ne va pas poser problème pour certains films ?

Les Archives du film sont en train de les numériser et cela va assez vite finalement. Dans l’immédiat, il y aura peut être un laps de temps où l’on va tourner encore avec le 35mm. Mais je pense que d’ici 2015, tout sera numérisé et même le cinéma de répertoire, c’est à dire les vieux films qui ont plus de 20 ou 25 ans.

Quels travaux allez-vous faire ?

Ce n’est pas nécessaire de changer l’écran, on est censé le remplacer si on choisit de passer du 3D, ce qu’on ne fera pas. Il y a juste à changer l’appareil. Il n’y a finalement pas énormément d’adaptation.

Salle japonaise de La Pagode © Chloé Chochard-Le Goff, Valentine Bossi-Bay, Alan Giménez

Que pensez-vous du changement d’appareil ?

Ce ne sera pas le même rapport avec la machine, ce sera plus rapide et moins physique, un peu comme un travail d’informaticien. Mais le travail restera le même, il y aura toujours une copie qui arrivera. Au lieu de la monter comme on fait maintenant, c’est-à-dire de mettre la pellicule bout à bout, il faudra télécharger le film, puis le renvoyer. Il y aura toujours de la lumière, du son et de l’entretien. Après le 35 mm sera destiné aux collectionneurs, ça fera comme le vinyle.

Recevez-vous des aides ?

Il existe des aides partielles, du CNC et de la Mairie de Paris. Le reste est à la charge du cinéma, sachant qu’on ne connaît pas la durée de vie d’un projecteur numérique. Aujourd’hui il faut compter environ 60 000 euros pour une cabine, les prix ont baissés depuis quelques années. Pour l’instant on demande des devis et on verra après combien coûtera la maintenance, ce serait plus intéressant de se regrouper avec d’autres salles pour avoir plus de poids. La Pagode fait partie  d’un petit groupe géré par la société Etoile Cinémas. Il comprend le Saint Germain des Près, le Balzac, et un grand complexe qui se construit porte des Lilas. Cela fait une quinzaine d’écrans en tout.

Existe-t-il une différence entre Paris et la province ?

A Paris, le public est assez pointu, assez cultivé. Je sais qu’en province, il y a moins de salles, il n’y a qu’une à deux salles par grandes villes, autour c’est un peu le désert. C’est une multiprogrammation, art et essai et commerciale. Alors qu’à Paris, il existe vraiment des salles avec une programmation spécifique. Mais il y a des fonds publics, les mairies sont beaucoup plus sensibilisées qu’il y a 15 ou 20 ans.

Valentine Bossi-Bay


A la Pagode : le passé s’estompe au profit du numérique

Vidéo réalisée en février 2011 à La Pagode (7e)  avec la participation d’Olivier Cousin, gérant du cinéma. Le 35 mm y sera bientôt remplacé par le numérique, ne devenant plus qu’une pièce de musée.

© Chloé Chochard-Le Goff, Valentine Bossi-Bay, Alan Giménez

 

Sous le feu du projecteur

Vieillot, jauni, le Miramar semble dater d’un autre temps. Comme beaucoup de petites salles, il a été racheté par un gros groupe, il y a un an. Le cinéma ne marchait plus très bien, une grosse somme d’argent a été proposée par Europalace, ce qui a convaincu l’ancienne patronne de quitter le réseau indépendant Rytmann. Désormais, le Miramar possède la carte « Le Pass« .

Les derniers instants du 35 mm

Frédéric B. manipulant une bobine de film. © Chloé Chochard-Le Goff, Valentine Bossi-Bay, Alan Giménez

Frédéric B. est opérateur au Miramar depuis 14 ans : il a eu le temps de voir les choses changer, mais l’arrivée du numérique ne l’enchante pas, bien au contraire. Accoudé au comptoir, il attend, souriant. Avec son perfecto noir, sa boucle d’oreille et ses cheveux gominés, il ne passe pas inaperçu. Aimablement, il nous entraîne dans antre : sa cabine de projectionniste. « Elle fait environ 12 mètres carré », explique-t-il. Pour l’heure, il travaille toujours « à l’ancienne » sur du 35 mm. Le bruit assourdissant de l’appareil en marche l’oblige à hausser la voix.

Scotché sur le projecteur, une feuille A4 fait office de tableaux de bord sur laquelle est inscrit à la main le planning de la journée. Le titre du film, le format du son, le début de la séance et la fin, tout est noté. Il reçoit les films dans des boîtes rondes et noires, pour un film d’une heure trente, on lui envoie cinq ou six bobines. Il doit ensuite les monter pour que toutes les parties du film ne fassent qu’une. Pour cela, il utilise un système de plateaux horizontaux. L’appareil prend une place importante dans la pièce étroite et ressemble à deux immenses vinyles étincelants que l’on aurait superposés.

Très consciencieux, il explique le mécanisme de cet engin curieux : « Je charge le film au centre de la bobine, la bande sort du plateau, je la fais passer par un chemin précis pour qu’elle arrive ensuite dans le projecteur, le film passe ensuite dans le couloir de projection et envoie de la lumière sur l’image ». Ces appareils sont italiens, Cinemecanica est inscrit en gros dessus. « C’est un Victoria 8 », précise Frédéric B. Le film est lancé, la mise en route n’a pris que quelques minutes. A partir de cet instant, il fera de petits allers-retours dans la pièce pour vérifier que tout se passe bien, mais il a le droit de sortir et puis, « si jamais il y a un problème, il y a des sécurités qui stoppent les appareils ».

« On a onze minutes d’interséances », dit-il. Lorsque le film est sur le point de se terminer, il recharge  la machine pour la séance d’après. Mais, que fait-il le reste du temps ? « Je lis, j’aide le reste de l’équipe, je m’occupe », énumère-t-il. Vingt minutes, c’est le temps qui lui est accordé pour manger, quand il veut dans la journée, il faut juste qu’il n’y ai pas de séances. Même s’il s’occupe de plusieurs salles à la fois, Frédéric B. concède volontiers : « Je suis assez libre de mes mouvements, c’est l’avantage de ce métier ».

Quand on aborde la question souvent épineuse du salaire, le rockeur cinéphile reste toujours aussi loquace : « En général, on est payé 1500 euros net. Je travaille 35 heures par semaine. Je fais 10h-17h la moitié de la semaine et 17h-00h l’autre moitié », un rythme qui lui permet d’attraper de justesse le dernier train gare Montparnasse. « Lorsque je termine à minuit, je dois courir jusqu’à la gare, sinon je rate le train », raconte-t-il. Heureusement qu’elle ne se situe qu’à quelques minutes à pied.

« Le numérique c’est du vent »

Lorsqu’il évoque la question du numérique, son visage s’assombrit : « Ils vont enlever des emplois, car il y a moins de manipulation à faire ». Les exploitants ont fait des calculs, ils estiment que l’utilisation de ce nouveau matériel représente 30% de travail en moins pour un projectionniste, comme il n’y a plus de films à monter et démonter. Cela fait 30% d’effectif en moins et donc du chômage à la clé, une réalité inéluctable. En ce qui concerne son utilité, Frédéric B. reste sceptique : « Quand on te raconte que c’est pour l’avancée technologique, c’est du vent, en fait c’est uniquement dans un but économique. Il n’y aura plus besoin de tirer des copies en 35 mm, qui coûte assez cher, une copie numérique ne coûte rien. Il faut arrêter de croire que c’est super, que c’est magique, ce n’est pas beaucoup mieux que du 35 mm, à part la 3D et encore. Ça ne change pas grand-chose au niveau de la qualité d’images ».

Déroutante simplicité

Lunettes 3D © Matt Neale

Pour l’instant, sur les trois salles, il n’y a qu’un appareil numérique, mais dans l’année le Miramar en sera complètement équipé.  L’unique appareil ressemble à une banale boîte noire : « C’est un Nec, une marque japonaise », précise-t-il. Pour ce qui est de son utilisation, elle est simplifiée : le film n’arrive plus dans des bobines, mais dans un petit boîtier avec un disque dur qui contient le film. « C’est naze, il y a une souris, un écran, il n’y a plus le rapport avec la pellicule », déplore-t-il. Par ailleurs, le problème du numérique réside dans son coût particulièrement élevé. Un équipement ce n’est pas seulement l’appareil, il faut installer toute la cabine, les branchements et payer des techniciens. C’est entre 20 000 et 30 000 euros par cabine.

Frédéric B. a un avis tranché sur l’évolution cinématographique : « Aujourd’hui, il reste encore quelques petits cinémas qui passent des films rares, de qualité. Mais tous les autres ce n’est que du business, ils se foutent de ce qu’ils prennent tant que ça fait des entrées », lance-t-il résigné. Un film est sur le point de se finir, on le laisse donc manipuler, avec délicatesse, ce qui sera bientôt un objet de collection.

Valentine Bossi-Bay

 

« Ce sont des gamins à qui on propose un nouveau jeu »

Depuis dix ans, Patrick Guivarc’h est directeur du cinéma Utopia d’Avignon où travaille une douzaine de personnes. Basés dans cinq villes françaises, les salles du réseau Utopia ne sont pas encore équipées du numérique, exceptée une à Bordeaux depuis deux ans «  pour tester un peu ce que ça donnait ». Le reste attendra. Mais attendre quoi ? En tant qu’ancien projectionniste, Patrick Guivarc’h a son mot à dire sur le numérique. Il n’est pas fermé à la nouveauté, « si cette technologie est mieux, si c’est mieux pour les spectateurs, si c’est mieux pour que d’autres films aillent sur les écrans, c’est idiot de ne pas l’utiliser »,  mais il faut qu’elle ait fait ses preuves et pour le moment il voit plutôt cela comme « un piège à imbéciles ».

Extrait de l’entretien avec Patrich Guivarc’h, réalisé à Avignon en janvier 2011

© Chloé Chochard-Le Goff, Valentine Bosi-Bay, Alan Giménez

Le piège qui se déploie est l’aliénation des cinémas indépendants à un système économique qu’ils ont toujours refusé. On leur clame que le numérique est un outil qui, à long terme, sera rentable pour l’exploitant. En effet, une fois remboursé l’argent prêté par le distributeur pour installer les appareils numériques, le cinéma économisera sur les transports qui n’auront plus lieu d’être, et probablement sur les projectionnistes dont le métier d’origine aura disparu.

Extrait de l’entretien avec Patrich Guivarc’h (suite)

© Chloé Chochard-Le Goff, Valentine Bosi-Bay, Alan Giménez

En théorie, l’exploitant de salles est gagnant. Mais c’est sans compter sur le fait que les nouvelles technologies se renouvellent sans cesse

Extrait de l’entretien avec Patrick Guivarc’h (suite)

© Chloé Chochard-Le Goff, Valentine Bosi-Bay, Alan Giménez

Pour Patrick Guivarc’h, le problème n’est pas l’outil en lui-même mais ce que son emprise sur le monde cinématographique signifie. On entre dans un système toujours plus libéral où le gain est primordial.  En se ralliant au numérique, Patrick Guivarc’h aurait l’impression de se faire avoir, il faudra acheter toujours plus de matériel puisqu’il est sans cesse renouvelé.

Pourtant, le choix n’est qu’illusoire. Si une seule salle est équipée en numérique dans le réseau Utopia, cette résistance ne durera pas éternellement. La tournure que prend l’évolution du numérique fait que les copies de films vont bientôt toutes passer au numérique, plus simple à faire circuler. La solution, selon Patrick Guivarc’h, ou du moins l’espoir que peuvent se permettre les gérants de salles indépendantes, est de se tourner vers l’Europe. Pour l’instant, le numérique est imposé par des normes américaines et si la plupart des cinémas français semblent approuver ce choix, d’autres pays d’Europe réfléchissent à d’autres moyens.

Extrait de l’entretien avec Patrick Guivarc’h (suite et fin)

© Chloé Chochard-Le Goff, Valentine Bossi-Bay, Alan Giménez

Patrick Guivarc’h est pour la découverte de nouvelles techniques qui permettraient au réseau Utopia de choisir parmi plusieurs laquelle apparait comme la plus efficace au lieu de ne se satisfaire que du numérique. « On nous a apposé vraiment un seul système avec des systèmes de sécurité inouïes mais il faudrait que l’on en tolère plusieurs, c’est tout, plusieurs systèmes compatibles. Ce qu’on veut, c’est un outil qui permette de projeter plusieurs supports. » En se détournant des États-Unis, monarque du système économique du cinéma mondial, et en regardant vers l’Europe, s’ouvrirait peut-être une nouvelle structure permettant la liberté et l’autonomie de fonctionnement.

Chloé Chochard-Le Goff

Le CNC : une oreille peu attentive ?

Le numérique est partout sur le marché, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe ou en Asie illustrant la mainmise de ce nouvel outil sur le cinéma mondial. Face à l’ampleur du mouvement, le choix n’est pas laissé aux salles indépendantes qui devront s’adapter tôt ou tard si elles ne veulent pas mettre la clé sous la porte.

 

Nombre d'écrans numériques par continent

Source : Screen Digest

Pour le CNC et Lionel Bertinet, directeur adjoint du cinéma en charge du numérique, le passage au numérique est « inéluctable », « personne aujourd’hui ne s’attend ou ne prévoit un maintien du 35mm ». Le système apparait sans faille. La réflexion du CNC a franchi un cap avec la loi du 30 septembre 2010 sur l’équipement numérique des salles qui apportent deux solutions aux dangers que pourrait apporter le numérique aux petites salles :  « Le premier point c’est de faire en sorte, notamment par un soutien financier ,que l’ensemble des salles puisse s’équiper. Pour cela, on a mis en place début septembre dernier un dispositif d’aide à la numérisation des salles. Le second point c’est que le numérique peut être une opportunité en matière de souplesse de programmation et d’expression des films pour les multiplex, ce qui mettrait à mal la liberté de programmation des exploitants de petites salles et la maitrise des plans de sortie des distributeurs. » Les aides sont telles que ce n’est pas faute de financements que les salles indépendantes mettront la clé sous la porte : les collectivités territoriales et les régions mettent en place des dispositifs d’aides. En France heureusement les pouvoirs publics ont pu mettre en place un plan de 125 millions d’euros pour aider 1500 salles à s’équiper et éviter les fermetures . Les 3000 salles restantes ont assez des contributions des distributeurs.

Mais avec cette loi, on laisse peu de place aux salles indépendantes qui ne souhaitent pas passer au numérique. Les salles françaises adoptent de plus en plus cet équipement.

L'Utopia-La Manufacture à Avignon est l'un des cinémas que le numérique rend suspicieux. © Chloé Chochard-Le Goff, Valentine Bossi-Bay, Alan Giménez

A ce propos, Lionel Bertinet semble ignorer les cinémas résistants : « Aujourd’hui, personne ne refuse de passer au numérique. Les exploitants sont totalement convaincus qu’ils n’ont pas le choix. S’ils ne s’équipent pas en numérique, à court terme, ils auront les plus grandes difficultés à trouver des films en 35 mm. Pour les exploitants la question ne se pose plus ainsi, il s’agit plutôt de savoir comment financer cela. » Et quand on évoque les raisons qui poussent certains cinémas indépendants à ne pas adopter le numérique, la réaction est évasive : « Je n’en ai aucune idée. Je suppose qu’ils espèrent une négociation qui réponde à leurs attentes ».

Le CNC se soucie peu des salles réfractaires. A partir du moment où la contestation n’est ni d’ordre financier ni matériel mais plutôt idéologique, il en va de la responsabilité du cinéma. Malgré une volonté de ne pas entrer dans un système ultra-libéral, ce genre de salles ne pourra pas lutter longtemps : « D’ici Fin 2012, début 2013, la quasi-totalité des salles auront été équipées. (…)Je ne vois pas ce qu’on peut changer au numérique. Les technologies évoluent, ça évidemment c’est probable, mais je ne vois pas ce qui peut changer cette technologie en une technologie totalement différente » . Peu soucieux de l’arrivée d’un nouveau modèle économique, le CNC ne cherche pas à s’adapter à tout le paysage des salles françaises mais à suivre la voie tracée par les États-Unis et ne s’occuper que des cinémas convaincus.

Chloé Chochard-Le Goff

 

Carte des cinémas Art et Essai en Île-de-France :

 

Carte des cinémas Art et Essai en France (I):

 

Carte des cinémas Art et Essai en France (II):

Carte des cinémas Art et Essai en France (III):


 

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