Au-delà du graffiti : rencontre avec JR, colleur d’affiches engagé

Parmi les OVNI du street art, il y a JR, ni graffeur, ni pochoiriste mais photographe colleur d’affiches. Son projet « Women are heroes » expose le regard de femmes issues des ghettos au monde entier. JR colle pour faire parler, pour faire bouger.

Favela ©JR "Women Are Heroes"

Quelles sensations vous procure le fait d’œuvrer dans la rue ? La peur de se faire prendre par les instances de police est-elle un obstacle à votre art ou au contraire, fait-elle partie intégrante de votre démarche ?

Je pense qu’être artiste a toujours été un statut très fort de non-conformisme. On laisse toujours l’artiste creuser et faire ses propres expériences car on peut toujours le prendre en dérision… Je profite de cet espace de liberté pour confronter les idées, utiliser la rue pour m’exprimer et partager l’impact.

Mon travail est la plupart du temps réalisé de façon illégale, c’est pour cela que je me présente sous mes initiales JR, puisque dès le début je suis resté anonyme. Il y a une raison au fait que je ne donne pas le sens de mes initiales ni ne parle plus amplement de mon passé. D’abord, les premiers collages que j’ai posé en France étaient illégaux, et ceux que je continue à faire au travers du monde sont très souvent collés sans aucune autorisation. La plupart des graffeurs commencent par tagguer leur nom sur les murs. Pour ma part c’est assez différent, je prends les noms et surtout les visages de personnes qui vivent un peu en marge de la société et leur redonne leur individualité. Cela peut paraitre paradoxal, mais c’est comme si je n’avais pas de nom et que je leur redonnais le leur, leurs lettres de noblesse, à ceux dont on avait oublié le nom. De fait, et c’est important pour moi, j’ai le sentiment que si je devais maintenant révéler mon nom, parler de moi, cela détournerait un peu les gens de mon travail et son sens. Je reviens de Chine là où je ne pense pas que j’aurai pu mener mes actions sur les murs si mon nom était connu du grand public et donc des autorités…

Pourriez-vous exposer dans un lieu clos ?

Pour moi, l’intérieur complète l’extérieur. Je n’ai jamais essayé de reproduire ce que je fais dans la rue dans une galerie, ça ne pourrait pas marcher. Je fais des vidéos, des installations, des sculptures qui aident à comprendre ce que je fais à l’extérieur. C’est très important pour moi de pouvoir passer du « dehors » au « dedans » sur chaque projet.

L’Art est un vrai lien dans différentes régions du monde et le pouvoir des images joue un rôle important dans l’idée d’un art infiltrant. Dans chaque endroit, l’Art est le message mais la perception de celui-ci dépend du cadre de référence de celui qui le regarde. J’ai trouvé vraiment intéressant de réaliser que dans la plupart des pays en situation de conflit ou post-conflit, la question à propos de mes installations dans la rue était toujours tournée sur le sens profond du projet (« Quel est le but de ton projet ? » « Qu’est ce que ça va réellement changer ? » etc). Dans notre partie du monde, les questions sont toujours plus techniques (« Qui paie ? », « Combien de temps ça va rester ? », « Qui a donné les autorisations ? »).

Sur cette scène artistique, il n’y a pas de scène pour séparer les acteurs des spectateurs. Quand j’expose dans des galeries ou des musées, j’entre toujours dans la partie de mon travail que je ne peux pas montrer dans la rue, comme l’installation vidéo, la sculpture…

Finalement, quelle définition donneriez-vous au street art ? Vous sentez-vous proche du mouvement graff ou à l’écart ?

Je ne me considère ni comme street artiste, ni comme un photographe. Je suis un colleur d’affiches. Pour faire mes projets, j’utilise la photo mais aussi la vidéo, l’impression sur papier ou sur bâche, les espaces urbains, l’édition et surtout le lien social. Je cherche avec mes collages à amener l’art dans des endroits improbables, créer avec les communautés des projets qui forcent le questionnement. Tenter dans les zones de tensions comme le Moyen-Orient ou le Brésil, qui sont fortement médiatisées, de créer des images qui offrent d’autres points de vue que celles, réductrices, des médias globalisés. Par ce procédé, j’espère pouvoir ré-intéresser ces médias sur ces lieux au travers d’événements autres que violents. C’est-à-dire réutiliser la même « machine » médiatique mais pour porter un nouveau regard sur ces endroits. D’où l’utilisation d’images grand format, de codes de la publicité, de la communication et de l’image mais dans des espaces qui ne peuvent justement pas être exploités par la publicité.

 

Et le public, que pense-t-il de JR et du street art en général ?

Recueil des impressions des spectateurs
à la sortie d'une séance de "Women are heroes"
le 7 février 2011

E.A., C.D., C.T.

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