La Pagode : un cinéma en accord avec son temps

Classé cinéma Art et Essai depuis 1956, La Pagode est un lieu atypique du VIIè arrondissement de Paris au sein duquel travaille six employés : deux caissiers, deux ouvreuses et deux projectionnistes. Nous sommes allés à la rencontre d’Olivier Cousin, qui, depuis dix ans, fait à la fois office de directeur de salle et de projectionniste. Ce dernier nous a fait part de sa vision du numérique.

Façade de la Pagode © Valentine Bossi-Bay, Chloé Chochard-Le Goff, Alan Giménez

Quelles différences y a-t-il entre un cinéma indépendant et un cinéma Art et Essai ?

Il n’y a pas de différence. On peut être un cinéma indépendant et avoir une programmation commerciale, ou être un cinéma classé Art et Essai et prendre des risques dans sa programmation en passant des films plus fragiles. Même si maintenant l’Art et Essai englobe énormément de films comme par exemple « Des hommes et des dieux » ou un réalisateur comme Woody Allen qui est classé art et essai et qui pourtant marche très bien en France.

Que pensez-vous du numérique ?

C’est bien, c’est la voix à suivre. On n’a pas trop le choix, il faut s’adapter. C’est le passage du cheval à la voiture, du muet au sonore, c’est l’ordre des choses. Cela ne sert à rien de réfléchir, on peut toujours le faire sur la qualité de projection, le gain, ce que l’on perd, mais il faut s’adapter dans tous les cas. La Pagode passera au numérique au cours de l’année 2011, c’est l’année charnière. Chaque pays est en train de numériser sa cinémathèque. Cela sera plus facile d’obtenir un film étranger, il suffira de le télécharger et on l’aura tout de suite. La question ne se pose même pas de savoir si l’on est pour ou contre le numérique. Il faut s’adapter et que les conditions soient les meilleures possibles. Ça ne changera pas grand-chose à la structure de la société, vu que l’on a deux salles, on gardera deux opérateurs.

Cela ne va pas poser problème pour certains films ?

Les Archives du film sont en train de les numériser et cela va assez vite finalement. Dans l’immédiat, il y aura peut être un laps de temps où l’on va tourner encore avec le 35mm. Mais je pense que d’ici 2015, tout sera numérisé et même le cinéma de répertoire, c’est à dire les vieux films qui ont plus de 20 ou 25 ans.

Quels travaux allez-vous faire ?

Ce n’est pas nécessaire de changer l’écran, on est censé le remplacer si on choisit de passer du 3D, ce qu’on ne fera pas. Il y a juste à changer l’appareil. Il n’y a finalement pas énormément d’adaptation.

Salle japonaise de La Pagode © Chloé Chochard-Le Goff, Valentine Bossi-Bay, Alan Giménez

Que pensez-vous du changement d’appareil ?

Ce ne sera pas le même rapport avec la machine, ce sera plus rapide et moins physique, un peu comme un travail d’informaticien. Mais le travail restera le même, il y aura toujours une copie qui arrivera. Au lieu de la monter comme on fait maintenant, c’est-à-dire de mettre la pellicule bout à bout, il faudra télécharger le film, puis le renvoyer. Il y aura toujours de la lumière, du son et de l’entretien. Après le 35 mm sera destiné aux collectionneurs, ça fera comme le vinyle.

Recevez-vous des aides ?

Il existe des aides partielles, du CNC et de la Mairie de Paris. Le reste est à la charge du cinéma, sachant qu’on ne connaît pas la durée de vie d’un projecteur numérique. Aujourd’hui il faut compter environ 60 000 euros pour une cabine, les prix ont baissés depuis quelques années. Pour l’instant on demande des devis et on verra après combien coûtera la maintenance, ce serait plus intéressant de se regrouper avec d’autres salles pour avoir plus de poids. La Pagode fait partie  d’un petit groupe géré par la société Etoile Cinémas. Il comprend le Saint Germain des Près, le Balzac, et un grand complexe qui se construit porte des Lilas. Cela fait une quinzaine d’écrans en tout.

Existe-t-il une différence entre Paris et la province ?

A Paris, le public est assez pointu, assez cultivé. Je sais qu’en province, il y a moins de salles, il n’y a qu’une à deux salles par grandes villes, autour c’est un peu le désert. C’est une multiprogrammation, art et essai et commerciale. Alors qu’à Paris, il existe vraiment des salles avec une programmation spécifique. Mais il y a des fonds publics, les mairies sont beaucoup plus sensibilisées qu’il y a 15 ou 20 ans.

Valentine Bossi-Bay

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