Cinéma expérimental et art vidéo : de quoi parle-t-on ?

Brefs éléments d’Histoire et de définition d’un champ artistique multiple et complexe, toujours en mouvement.

« Cinéma expérimental, d’avant-garde, cinémas d’artistes, art vidéo, essais documentaires, etc. » C’est avec ce sous-titre non exhaustif que le portail 24-25.fr définit les contenus qu’il diffuse. Ou pour reprendre les termes d’Emmanuel Lefrant,  qui a participé à la mise en place et au développement du site, « l’ensemble des formes qui relèvent de l’image en mouvement en marge de l’industrie cinématographique traditionnelle ». Preuve s’il en est de la multiplicité de facettes que peut prendre le travail artistique de l’image. « Des appellations, il y en a des milliers » rajoute-t-il.

Deux principales formes sous-tendent cette constellation de pratiques : d’une part, le cinéma expérimental, issu de la technique cinématographique traditionnelle, qui a connu une première heure de gloire avec les avant-gardes du début du siècle. D’autre part, l’art vidéo, qui est issu de la télévision et se développe avec l’apparition des premiers caméscopes.

Les origines du cinéma expérimental remontent aux années 1920, lorsque des artistes, dadaïstes puis surréalistes, s’emparent du média cinéma et le détourne pour en faire un cinéma de recherche fait de préoccupations formelles, de narrations singulières et d’une production et une diffusion parallèles à celles du cinéma commercial. Parmi eux, Man Ray, Germaine Dulac, Marcel Duchamp, Hans Richter, Fernand Léger, René Clair, Francis Picabia ou Laszlo Moholy-Nagy sont quelques noms qui ont marqué l’époque. Si, dans les années 1950 en France, Jean Mitry, Isidore Isou, Maurice Lemaître ou Guy Debord font un certain nombre d’expérimentations cinématographiques, le renouveau viendra pourtant des Etats-Unis.

Dès les années 1960, le New American Cinema souffle un vent nouveau sur l’art vidéo, notamment grâce au travail d’Andy Wahrol, Gregory Markopoulos, Kenneth Anger, Paul Sharits, Michael Snow ou encore Jonas Mekas, qui crée en 1962 la Film-Makers’ Cooperative, une organisation de distribution parallèle de films expérimentaux. Au cours des années 1970, des artistes peintres (Christian Boltanski, Martial Raysse, Jacques Monory) s’essayent eux aussi au cinéma expérimental.

Anemic Cinéma de Marcel Duchamp (1926)

 

Parallèlement, au croisement entre l’art et la technologie, naît l’art vidéo. En mars 1963, l’artiste Nam June Paik, issu du mouvement Fluxus, expose à la galerie Parnass de Wuppertal treize téléviseurs préparés pour la distorsion d’images.  Deux ans plus tard, grâce à une bourse de la Fondation Rockefeller, il sera le premier à bénéficier du Portapack, le premier caméscope conçu par Sony. Il l’inaugure en filmant le trajet en taxi depuis son atelier jusqu’à un café new-yorkais, et diffuse la bande accompagné d’un tract intitulé Electronic Video Recorder. « Mais il ne faut pas oublier le rôle très important qu’a joué Wolf Vostell, puisqu’il a en quelque sorte co-inventé l’art vidéo avec Nam June Paik, déclare Stéphan Barron, vidéaste et maître de conférences à l’université Paul Valéry de Montpellier. Mais dans une instrumentalisation politique franco-allemande, il a été totalement éliminé de l’histoire de l’art vidéo en France».

Dans le même temps, les laboratoires des studios de télévision  donnent la possibilité aux artistes d’expérimenter le travail de l’image, tandis que les usages se font divers : détournement d’émissions télé, usages militants (Chris Marker, Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig), performances, vidéo-transmissions, installations vidéo…

La création de collectifs d’art vidéo, et de festivals, la tenue d’expositions (Art/Vidéo Confrontation en 1974) et la création de départements dédiés à l’art vidéo dans les grands musées internationaux (en 1979 au Centre Pompidou) ont offert une visibilité à cet art émergent. « La vidéo, qui au départ n’était pas considéré comme un art, s’est au cours des décennies fait accepter comme forme d’art commercialisée, récupérée par les galeries et les institutions », rappelle Stéphan Barron.

L’apparition d’internet apporte un nouveau souffle à la création : les artistes l’utilisent d’abord comme lieu de diffusion, avant de s’en servir comme d’un médium à part entière.

Electric Moon #2 de Nam June Paik (1969)

 

Si, au départ, cinéma expérimental et art vidéo ont des origines distinctes, les deux pratiques ont tendance à se rapprocher et avoir une direction commune. « A partir des années 1990-2000, plusieurs artistes vidéastes se sont rapprochés des techniques, des coûts et des équipes de productions similaires à celle de la production cinématographique. On est plus là dans le domaine du bidouillage ou du bricolage », rajoute Stéphan Barron.

Aujourd’hui, les nouvelles technologies (webcam, téléphone portable, iPad) ont permis à l’art vidéo d’explorer de nouvelles pistes. « Quand apparaît un nouveau média, c’est toujours une opportunité pour les artistes d’être les premiers à s’emparer de  ces supports et de bénéficier de leur nouveauté pour être plus visibles », conclut Stéphan Barron.

 

Pour aller plus loin : Conférence de Christine Van Assche « La vidéo, un art de l’espace et du temps »

Conservateur en chef au Musée national d’art moderne et responsable du Département Vidéo et Nouveaux Médias, Christine Van Assche est aujourd’hui à la tête de la plus grande collection de vidéos d’art d’Europe. Dans cette conférence tenue dans le cadre de l’Université de tous les savoirs, elle présente les spécificités et l’histoire de l’art vidéo à partir des collections du Centre Pompidou.


A voir aussi : Un musée en ligne dédié à l’art vidéo, avec expositions permanente et temporaire et tout un tas de repères pratiques.

Thomas Lapointe

 

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Une Réponse to “Cinéma expérimental et art vidéo : de quoi parle-t-on ?”

  1. LWO 20 octobre 2011 à 12:14 #

    Bonjour
    Je vous invite à découvrir une nouvelle pratique vidéo, le « graff vidéo » (où la caméra est utilisée comme une bombe de peinture).
    Plus d’information sur http://graff.video.free.fr/fr/approach.htm
    Vous trouverez des exemples de vidéos accessibles à partir du menu situé à droite.
    N’hésitez pas à faire connaître cette pratique expérimentale autour de vous, ainsi que le site web : http://graff.video.free.fr/
    A bientôt

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